VENISE DEMANDE DU SECOURS
dière qui partageait l'Europe. Comme naguère la Maison d’Autriche, maintenant c'était le parti adverse qui implorait le roi de France. Les Grisons invoquaient les vieilles alliances. Venise oubliait sa querelle particulière pour ne plus songer qu'au péril commun. Le duc de Savoie hésitant armait, en toute occurrence. |
En Europe, tout ce qui était attaché à la cause libérale, tout ce qui s'était compromis contre la Maison d'Autriche ou contre la Maison d’Espagne, se sentait menacé. Les ministres du roi de France ne pouvaient rester indifférents ; c'était de leur cause qu'il s'agissait : les intérêts français étaient visés directement. L’occupation de la Valteline par les Espagnols, ce n’était pas seulement une humiliation, c'était une blessure et une diminution. |
L'’ambassadeur de Venise nous tient au courant des démarches qu'il multiplie auprès du gouvernement français : Sillery, quiétait à Paris, tandis que le Roi et le duc de Luynes marchaïient dans l'Ouest, à la tête de l’armée, rendait compte À la Cour de ces démarches. Sous le coup de la première émotion, il déclare lui-même que « le Roi ne peut tolérer cela ». Mais bientôt 1l se modère: il a eu probablement quelquenouvelle des sentiments du favori ; en tout cas, il ne veut pas s'engager. Il louvoie, fait appel à la concilation, à l'équité : « J'ai dit au Nonce que le Roï ne pourrait souffrir que les protestants suisses et grisons se rendent maitres du pays pour opprimer notre religion et les catholiques. Mais 1] ne voudrait pas non plus que les Espagnols se saisissent des passages et de ce qui appartient à ses alliés. »
C'est bien faible... En un mot, à Paris, on gagne du temps, en attendant que Luynes se prononce (1).
Il faut se représenter maintenant la situation de Luynes et l'importance de la décision qu'il va prendre. Il est à Brissac, au lendemain de la bataille des Ponts-de-Cé. Le Roï est à la tête d’une
(1) Voir la correspondance originale de Sillery, conservée aux Affaires Étrangères, Mém. el Doc. (vol. 773, fo 127, et suiv.). — Cfr. la correspondance des Ambassadeurs Véniliens, et BenrivocLio (t. IV, p. 354, 390).