‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 356 sur 479 · ROLE DES PROVINCES-UNIES · texte numérisé non relu

ROLE DES PROVINCES-UNIES

d'armée consent à périr pour le gain de la bataille. Ils comprenaient parfaitement que, par l'intermédiaire de leur généralissime et principal homme d'État, Bouillon, leurs efforts se reliaient à l’ensemble de la lutte engagée alors en Europe; malgré bien des méfiances à son égard, ils continuaient à le reconnaitre comme leur chef, alors même qu’il ne leur disait pas tout le secret (1). |

Bouillon était notamment en relation avec les protestants de Hollande, et c'était par là surtout que les protestants français étaient en contact avec le dehors. Les Hollandais, par l'héroïsme dont ils avaient fait preuve contre la Maison d’Espagne, étaient les véritables épigones et patrons de la cause. Ils avaient, eux, si misérables et si faibles, sauté à la gorge de la Bète. Ils avaient souffert, ils avaient persévéré, ils avaient vaincu : ils avaient porté le fardeau pour tous les autres. Or, dans ces longues années d'épreuves, ils étaient descendus en eux-mêmes, ils s'étaient donné une foi, formé une conscience. Ils avaient découvert dans leur âme ces raisons de fond qui surgissent, quand on offre sa vie pour enjeu. Parmi les meilleurs, ils apparaissaient comme les premiers; ils avaient conquis l'autorité. C’étaient des gens de naturel grave, habitués à la méditation et capables de mettre l’action au bout de leur résolution. Avec de telles qualités, on ébranle le monde. La Hollande a toujours été funeste aux vastes dominations (2).

La conduite des Provinces-Unies était donc une leçon vivante et permanente. Or, elles vivaient en République. Ces gens, qui avaient beaucoup réfléchi, non seulement sur leurs propres des-

(1) Voir BourrARD DE MADrANE, Mémoires. — Les catholiques avaient bien la même opinion. En 1622, l’auteur de l’Apologie en faveur du Roy écrivait que, par suite de l’attitude des protestants, le Roi ne « pouvait empescher le dessein des Espagnols sur la Valteline » (p. 66-67). — Dans une lettre adressée au baron de Brissac, Lescun, dont on connaît le rôle dans les assemblées protestantes, indiquait, par la phrase suivante, comment les affaires intérieures sont reliées aux affaires extérieures du parti: « La paix est faite en Savoie. On va faire la guerre aux protestants d'Allemagne. On parle ici d’un tiers parti... etc. » La lettre est publiée dans PuJor, Béarn (p. 470).

(2) FANGAN, qui fut un des plus intelligents défenseurs du point de vue protestant à l'époque de Richelieu (voir ci-dessous, livre IV, chap. nr, p. 465), célèbre dans ses pamphlets « ce petit État de Hollande qui, par sa généreuse conduite, culbuta, par mer et par terre, cette orgueilleuse maison de Castille »; cité dans GELEY (p. 166).

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