‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 358 sur 479 · DIVISIONS PARMI LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

DIVISIONS PARMI LES PROTESTANTS

royaume, et composé des députés de la noblesse, du clergé et du tiers-état de la Réformation, ferait infiniment mieux qu’un prince-

protecteur (1). »

Il est vrai que, dans le protestantisme même, les esprits étaient partagés. Des hommes pondérés et rassis comprenaient que, si le parti s'élevait contre l’unité nationale et contre la royauté qui représentait alors cette unité, il périrait. Ceux-ci n’oubliaient pas qu'ils avaient été les fidèles soldats d'Henri IV; ils voulaient rester les fidèles sujets de Louis XIIT; ils supputaient les ressources du parti et ne pensaient pas qu’il fût de force à emporter la victoire. Nombre d’entre eux avaient les yeux ouverts sur le danger de subordonner les intérêts du protestantisme français et de la paix française aux intérêts généraux de la « Cause » en Europe. Les grands seigneurs, les magistrats, la bourgeoisie étaient généralement portés vers ces idées. Il est vrai qu’on les accusait d’être tièdes, achetés, corrompus; dans le Midi, on les traitait d’escam-

barlats (2).

Mais ces modérés voyaient se dresser contre eux, plus exigeante

(1) C'était une idée courante alors que le parti protestant avait en vue la constitution d’une sorte de République et d’un gouvernement ou populaire ou aristocratique contraire au principe monarchique en France. Voir, dans Mansoritr, tout le passage cité ci-dessus. Ce sont aussiles propres paroles de BENrivocLio dans sa lettre à la reine mère, publiée dans le Mercure françois : « L’unique but de ceux qui font profession de l'hérésie dans ce royaume, c'est de former un gouvernement populaire directement opposé à la monarchie du Roi, de même qu'ils en ont déjà formé un directement contraire à la monarchie spirituelle de l’Église » ; cité par Levassor (t. Il, p. 201). Levassor combat cette thèse, peut-être avec raison; il fait observer que le parti protestant en France était plutôt aristocratique. — « Le roi (Henri IV) avait fait la découverte que les huguenots de son royaume tramaient secrètement avec le comte Maurice et d’autres, afin de pouvoir se mettre en république, si la guerre se rallumait entre les deux couronnes (France et Espagne). Il en eut quelque vent à l'occasion de leur assemblée de Gergeau. Il ne pouvait cacher la douleur que cela lui causait. » Passage de V. Srrr, (t. VIII, p. 25-26; cité par PuyoL. Béarn, p. 106). — Tout ce que j'indique au texte sur la double tendance qui divisait le parti protestant a paru, je ne sais pourquoi, une nouveauté. J'ai cité surtout des auteurs protestants, et je pourrais multiplier les citations.

(2) Pour bien connaître la vie intérieure du parti, il faut suivre dans les histoires locales, à Montauban, à Montpellier, à Nîmes, le détail minutieux des luttes journalières. Le document le plus clair et le plus facile à consulter, c’est le Journal de BourFARD DE MADIANE qui appartient au parti modéré et qui connut intimement le duc de Rohan. Voir aussi, à l'appendice de ces Mémoires, les correspondances des contemporains. — Cfr. la courte mais solide étude de M. ScnyperGson : Sur les Mémoires de Bouffard de Madiane, Helsingfors, 1901. — Voir Levassor(t. IF, p. 334). — On trou-

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