LES DEUX POLITIQUES
et plus insensée à mesure que les difficultés augmentaient, la démocratie calviniste des « fous du synode », des « Nathans », des « loups-cerviers », dont parle Madiane, qui cédaient à leurs passions, suivaient les voies tracées par des correspondances occultes, et qui eussent fait sauter le pays et la « Cause » ellemême, pour ne rien abandonner des conceptions fanatiques de leurs étroits cerveaux.
La France était, ainsi, exposée à un double péril, plein d’obscurité et de contradiction : les puissances rivales, et même les puissances catholiques, suscitant chez elle les partis et soutenant, au besoin, les excès du parti protestant, et les protestants invectivant les ministres du Roi, si on n’agissait pas vigoureusement, en Europe, contre ces mêmes puissances dont ils étaient, sous-main, les auxiliaires, sinon les alliés.
Dans les conseils du gouvernement, tout le parti espagnol et catholique criait au Roi qu'il fallait en finir avec les protestants. Le parti protestant criait au Roi qu'il fallait se ruer sur l'Espagne et en finir avec la Maison d'Autriche, quitte à se soulever dès que
les hostilités seraient ouvertes. Entre ces deux politiques, à la-
quelle s'arrêter?
Il y avait de bonnes raisons pour l’un ou l’autre choix. Mais, pour ne pas choisir et mener à bien, en même temps, les deux tâches contradictoires, pour abattre la catholique Espagne, tout en contenant les protestants, il eût fallu autrement d’habileté, de vigueur. Il eût fallu un génie supérieur pour s’arracher aux influences particulières, les dominer, les opposer l’une à l’autre, les annuler l’une par l’autre, ou les soumettre, l’une et l’autre, au joug du bien public. Il eût fallu une autorité sans pareille pour demeurer ferme en un tel dessein, sans souci des intrigues, des oppositions, des échecs apparents ou secondaires, en se refusant mème l’aide et le réconfort d'expliquer au pays le but secret vers lequel on l’eût conduit, parmi tant et de si périlleuses traverses.
vera l'exposé complet de ces graves divisions entre le parti de l'aristocratie et celui de la démocratie, dans Benoir : Révocalion de l’'Edit de Nantes (t. I, p. 19). — Cfr.
SCHYBERGSON, Rohan (p. 34). — Voir aussi les Mémoires de FaB4s, Paris, Aubry, 1868.