SILLERY CONGÉDIE LE TIERS
gens, qui étaient venus du fond de leur province pleins d'illusions et d'amour, s’apercevaient qu'ils étaient joués, et ils ne savaient au juste à qui s’en prendre. Assurés de leurs intentions, ils ne se disaient pas qu’ils étaient les premiers coupables, et que, s'étant abandonnés eux-mêmes, ils ne devaient pas s'étonner qu'on les abandonnât. Ils allaient par la ville, inquiets, dans l'espérance d'on ne savait quel coup du hasard qui les aiderait et les arracheraït à leur propre impuissance.
Un moment, ils crurent que le parlement les tirerait d'embarras. Celui-ci résolut de se réunir pour délibérer sur ce qui était à faire. « Toute la France avait les yeux arrêtés sur ce grand aréopage et était aux écoutes pour apprendre avec applaudissements les décisions du conclave du premier sénat de l'Europe. » La montagne accoucha d’une souris, et le corps du parlement, toujours égoïste, faisant passer les intérêts privés de ses membres avant ce que l’on considérait comme le bien du royaume, se contenta de demander le maintien de la paulette.
Cette fois, c'était fini. Quelque trente ou quarante députés s’obstinaient à frapper à toutes les portes, à casser la tête aux gens de leurs doléances, à vouloir se jeter aux pieds du roi qui, tout à ses chasses d’oiseaux, avait bien d’autres choses à penser. Un jour qu'ils étaient venus jusqu’au Louvre, le chancelier Sillery s’avança au-devant d’eux et, prenant à parti le plus audacieux, un sieur de Ribier, lieutenant-général de Blois : « Monsieur, lui dit-il, vous êtes lieutenant-général à Blois et officier du roi; avisez bien à ce que vous direz et prenez garde à vous. En quelle qualité voulezvous parler? Est-ce comme député? Vous ne l'êtes plus; car votre pouvoir est expiré par ta présentation de vos cahiers. Est-ce comme privé? Parlez alors en votre nom propre; mais sachez que le roi n a pas pour agréables vos assemblées qui sont illicites et sans sa permission. » |
Rapine lui-même, qui nous raconte tous ces détails, essaya d'intervenir et de répliquer. Mais le chancelier counpa le flux de ses paroles d'un : « Qui êtes-vous? » dédaigneux. Enfin les députés purent voir le roi. Celui-ci avait autour de lui l’imposant appareil des plus hauts seigneurs du royaume et des courtisans, tous gens