LE BÉARN ET LA COURONNE
de la reine Jeanne avec les églises de France en doctrine, discipline et souffrances pour la même foi », serait admis à toutes les délibérations (1).
Mais, s’il en était ainsi, comment les mêmes Réformés de Béarn pouvaient-ils revendiquer l’autre partie de leur thèse, à savoir que le Béarn, n'étant pas réuni à la couronne de France, n'était pas soumis aux lois générales du royaume?
Les réformés se disaient Français dans l'offensive et Béarnais sur la défensive. Il eût fallu opter. On ne manqua pas de leur reprocher cette contradiction : « La reine fut fort piquée contre ceux de la Religion du Béarn et leur fit mander que, puisqu'ils avoient des députés à l'assemblée de Saumur, c’étoit sans doute qu'ils vouloient être unis aux Églises de France et que, puisque cela étoit, elle uniroit aussi le Béarn à la France. » C'était la logique même. Il est vrai que, pour le moment, ces menaces n’eurent pas d'autre effet.
Mais la faute n'en était pas moins commise. A défaut du gouvernement, ce fut la nation elle-même qui la releva. Elle voulait ètre une. Aux États-Généraux de 1614, les trois ordres, et en particulier, le Tiers-État, réclamèrent instamment la réunion du Béarn à la France : « En conséquence de Votre déclaration du mois de Juillet 1607, registrée en Votre Cour du Parlement, Votre Majesté est très humblement suppliée déclarer non seulement le royaume de Navarre et principauté de Béarn, mais aussi toutes terres souveraines qui se trouveront appartenir aux Rois lors de leur avènement à la couronne, unis inséparablement à icelle. » On sentait bien le péril de voir ces pays, frontière de l'Espagne, livrés sans défense et sans surveillance à leurs propres forces; on n'avait aucune confiance dans la fidélité d’une aristoeratie locale turbulente et à demi indépendante, et enfin, la loi salique ne s’appliquant pas en Navarre et en Béarn, on craignait, en cas de mort du Roi sans héritier direct, de voir ces pays séparés de nouveau de France à laquelle une circonstance inespérée les avaitrattachés (2).
(1) Sur l'assemblée de Saumur, voir les Mémoires de Ronan, édit. 1646 (fol. 248 et suiv.). — Vie de Duplessis Mornay, édit. 1647 (p. 347 et suiv.).
(2) V. Mémoires de V. Caapans, et lettre d'Estienne Pasquier, dans les Œuvres de Nicolas Pasquier, in-f° (t. IF, p. 1350-1368).