LE BÉARN SOUS HENRI IV
Très ennuyé de cette affaire, il faisait tête des deux côtés à la fois. Les deux évêques le harcelaient et ne quittaient pas la cour; le clergé de France l’admonestait. IL répondait doucement « Vous m'avez exhorté de mon devoir; je vous exhorte du vôtre : faisons donc bien, vous et moi... Mes prédécesseurs vous ont donné des paroles; mais, moi, avec ma jaquette grise, je vous donnerai des effets. Je suis tout gris au dehors; mais je suis tout d’or au dedans. » C'était justement, comme on disait alors, « des paroles dorées ». Et, quand il s'adressait aux parlementaires qui lui reprochaient ses concessions, il leur disait, plus rudement : « Vous n'êtes pas les fils ainés de l’Église; moi, je le suis. »
En somme, il avait légué la difficulté à son successeur.
Là où le roi Henri IV avait échoué, ce n'était pas le gouvernement de Marie de Médicis qui pouvait réussir. La régente subissait notoirement les influences catholiques; elle n'avait pas les mêmes raisons que le feu roi de ménager la cause des protestants et, en particulier, des Béarnais. Les vieux ministres . étaient, il est vrai, expérimentés, conciliants, et, avant tout, désireux d'éviter des complications intérieures. Mais leur prudence passait pour de la faiblesse et enhardissait les violences.
Au fond, il y avait impossibilité de vivre sur les données de l'Édit de Nantes. Un pays dont l’œuvre magistrale, la volonté tenace, était de constituer sa propre unité, ne pouvait tolérer dans son sein, et sur la frontière, un parti de fidélité douteuse, n'obéissant qu'à ses chefs particuliers, armé jusqu'aux dents et toujours prèt à faire usage de ses armes. La lutte était inévitable.
Ce fut le parti protestant qui prit l'offensive. Tous les historiens sont d'accord : l'assemblée de Saumur, en 1611, fut une faute. Or, la faute se précise en ce qui concerne les affaires du Béarn : c'était là, en effet, un des points particulièrement douloureux dans un état de malaise général. Les églises de Béarn crurent qu'il était habile de s'unir, en cette occasion, au corps des Réformés de France. Leurs délégués vinrent à Saumur; ils prirent séance. L'Assemblée décida que « le Béarn, uni depuis le temps