VOYAGE DU ROI EN BÉARN
lâche pas. sa proie. Condé le représente auprès du Roï. Il réclame hautement l’achèvement de la campagne par l’anéantissement des réformés du Béarn. Toutes les fortes têtes du parti sont mobilisées pour agir sur le Roi. Le nonce accourt de Paris. On sait que Bérulle exerce un ascendant particulier sur l’esprit de Louis XIII. C'est lui qui parlera au nom de tous. Ce courtisan consommé est un fervent, un mystique, un voyant. Il traduit les conseils de Rome en phrases inspirées : « C'est Dieu lui-même qui invite le Roi à ne pas laisser l’œuvre inachevée; puisque la Providence vient de remettre la paix dans le royaume et dans la maison royale, le Roi doit à Dieu, par reconnaissance, de rétablir le culte des autels et ses ministres dans un pays où l’hérésie à banni depuis soixante ans l'exercice du culte catholique. » Le cardinal de Retz, le cardinal de La Rochefoucauld, le Père Arnoux, tous les ecclésiastiques ont un mot d'ordre, tiennent le même langage. Il y a bien la reine mère et son évêque qui voudraient empêcher le voyage. Mais, battus de la veille, ils osent à peine chuchoter quelques timides objections (1).
Luynes cherche à lire dans les yeux du Roi les desseins de la politique française. Or, ces cavalcades pacifiques et glorieuses amusent le jeune homme que tant de tètes respectables ont d’ailleurs convaincu. On décide que l’on ira, du moins, jusqu’à Bordeaux.
Tandis que le Roi parcourt ces provinces que le protestantisme, jusque-là, traitait en maitre, tandis qu’il occupe Saint- Jean-d'Angély dont il retire le gouvernement au duc de Rohan, tandis qu'il s’'avance sur Blaye, et qu'il est de séjour à Bordeaux, alors même qu'il marche jusqu'à Polignac, sur la route du Béarn, c’est un long marchandage avec lui. La Force fait le voyage de La Cour à Pau et de Pau à la Cour, promettant toujours une soumission complète qu'il n'obtient jamais. Les exigences du Roi croissent au fur et à mesure qu’il approche, et les Béarnais pensent toujours qu’il ne poussera pas jusqu’à eux. Il
| (1) Mémoires de RICHELIEU (t. I, p. 230). — Houssaye, Bérulle et l’Oratoire (p. 339), Puxoz (p. 489). — V. FaGniez (t. I, chap. n).