‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 382 sur 479 · ROHAN SE PRONONCE POUR LA GUERRE · texte numérisé non relu

ROHAN SE PRONONCE POUR LA GUERRE

bons revendiquer et obtenir légitimement, après quatre siècles, le trône de Saint-Louis... Le sort du Béarn et de la Navarre étant réglé par un acte de l'autorité royale, Rohan se tut; mais il agit (1).

Luynes le connaissait bien; car il était son allié, et ils avaient d'abord marché ensemble, accordant leurs ambitions. Aussi l'inquiétude du favori dut s’'émouvoir, quand il sut qu'il aurait affaire à un tel adversaire. Mais les événements étaient plus forts que sa volonté : on ne pouvait laisser sans réponse les exigences et les menaces du parti protestant. Le parti catholique, excité par Rome, qui appréhendait une intervention armée de la France en Allemagne ou dans la Valteline, soufflait sur le feu. Dans le conseil, Condé, les cardinaux, le confesseur, les ministres, tout le monde, excepté le président Jeannin, criait que la situation était intolérable et qu'il fallait en finir. C'étaient des railleries sanglantes sur l’irrésolution et la pusillanimité du favori.

Il dut se résigner à la guerre.

Mais ceux qui la conduiraient ne seraient-ils pas bientôt les maîtres de l'esprit du Roi? En chevauchant auprès de lui, quelque Condé ou quelque Bassompierre se glisserait, par les périls partagés, à la faveur.

Luynes agitait en lui-même cet autre problème, Le plus grave de tous à ses yeux : il connaissait Louis XIII et savait qu'il ne fallait pas le quitter d'un pas, sous peine de le perdre.

C'est alors qu’une idée, vaguement conçue, se précisa en son esprit, celle de se faire nommer connétable: la fonction était vacante depuis la mort du connétable de Montmorency, en 1614. Aïnsi, il parait à tout. Il satisfaisait une ambition suprême; ül restait l'arbitre de la paix et de la guerre; il accompagnait le Roi aux camps, si les hostilités éclataient; enfin, il croyait tout dominer du jour où il aurait accaparé tout. Pour que

(1) Je m'étonne que l’on n'ait pas remarqué le fait que, par sa parenté avec les d’Al-

bret, Rohan était héritier éventuel de la Navarre et du Béarn. Sa conduite est singulièrement éclairée par cette observation. Voir un curieux passage des Zconomies Royales

de son beau-père le duc de Sully cité par Laucez (p. 34). — Voir, à la Bibliothèque

Nationale, f. fr. vol. 4012, le recueil des Lettres et Mémoires du duc de Rohan.

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