LUYNES CONNÉTABLE. | A
personne ne fût plus fort que lui dans le royaume, il crut habile, comme le dit bientôt Louis XIIT lui-mème, de « faire le roi (1) »
Le voilà donc, le 2 avril 1621, armé de cette épée de connétable, le plus noble insigne de l'autorité dans une monarchie militaire; le voilà chargé de ce fardeau, accablé de cette suprême nuits devant la France, surprise qu’on puisse commander les armées, sans aucun service sur le champ de bataille.
Maintenant, il décide de tout, et il hésite encore. Le Roi, dans ce mème moment, quitte Paris pour se rendre à Fontainebleau. On dit qu'il va se mettre à la tête de son armée, et l’on ne sait encore si c’est pour aller en Poitou, faire la guerre aux huguenots, ou si c’est pour marcher, par Lyon, droit sur les Alpes, au secours des Grisons (2).
Luynes dispose donc, encore une fois, du sort de l’Europe. Mais on dirait qu’une destinée supérieure arrange, à ce moment, les péripéties haletantes du drame.
Luynes, qui croit encore à la paix, se laisse arracher l’une après l’autre Les résolutions qui rendent la guerre inévitable. Le 12 avril, le Roi fait vérifier, au Parlement, l’édit de vente de #00000 livres de rentes sur les gabelles, en fondant la nécessité de cet acte sur la résolution de faire la guerre « contre les rebelles du dehors et du dedans ». Montmorency, à la suite de l’affaire de Privas, met le siège devant Vallon en Vivarais. À Tours, le temple est ruiné et des huguenots massacrés; le député des Églises, Favas, à soumis au Roi, dès le 24 mars, les demandes dernières du parti; c’est un ultimatum.
Le Roi ne peut plus reculer. Il refuse de répondre au cahier
(1) Voir ZezLer, Luynes (p. 46).
(2) Sur les hésitations et les délibérations si curieuses de Luynes, voir notamment Histoire de la Guerre des Huguenots faite en France sous le règne de Louis XIII (1620-1629), par M. le baron de CHapans, Paris, 1634, in-4° (p. 47). Luynes comprenait que le Roi, aveuglé par la facile victoire des Ponts-de-Cé, lui échappait, s’il s'opposait à la guerre, et que les partisans de la guerre, en particulier le Prince de conte le ruineraient dans l'esprit du Roi.