‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 39 sur 479 · UN MÉNAGE ROYAL · texte numérisé non relu

UN MÉNAGE ROYAL

heureux. Si le roi, amateur très renseigné, appréciait, dans sa femme, les formes opulentes et les carnations savoureuses qui devaient s'épanouir plus tard si glorieusement dans les toiles de Rubens, s’il lui était reconnaissant de sa sûre et régulière fécondité, il ne trouvait auprès d'elle ni la séduction sans cesse renaissante de la maitresse, ni l’affection soutenue et confiante de l'épouse.

Henri IV, il est vrai, était un bien mauvais mari. Maïs Marie de Médicis avait un bien mauvais caractère. Les hommes, les rois, surtout, ont droit à quelque indulgence. Or, la reine eût été, à tous les rangs de la société, une femme jalouse, colère et vindicative. Elle était, en outre, tellement soumise à un entourage des plus louches qu'on ne pouvait se fier entièrement en elle. C'étaient là de mauvaises dispositions pour retenir un homme de naturel volage comme l'était Henri IV, et les scènes de ménage que nous raconte Sully, où la reine allait « jusqu’à lever la main », expliquent assez que le bon roi, très féru de ses maitresses et fort dégoûüté de cette promiscuité italienne, ait songé parfois à renvoyer outre monts une femme dont le rôle était rempli, maintenant qu'elle lui avait donné six enfants (1).

Ce fut Henri IV qui céda la place. La mort arrange bien des difficultés. Sans prêter créance aux commérages des contemporains et aux insinuations de Sully, on peut dire, de Marie de Médicis, que le veuvage lui fut léger. Le deuil extérieur fut bruyant et éploré; le fond du cœur resta froid. IL semble que

(1) Nous avons un document des plus curieux-sur les relations conjugales entre Henri IV et Marie de Médicis. Il est intitulé : « Les Principaux Sujets de la mauvaise intelligence d’entre le feu roi Henri IV et de la royne mère du roy, tiré des manuscrits de Béthune, 8944.» Il à été publié, sous ce titre, par M"° D'ARCONYILLE dans son livre déjà cité (p. 522). La rédaction de ce mémoire est postérieure à 1632, ainsi qu'il résulte d’une allusion faite (p. 527) à la mort de Me de Guercheville. Il paraît avoir élé rédigé dans les circonstances suivantes : après la journée des Dupes, Richelieu réunissait de toutes parts les pièces du procès que ses pamphlétaires à gage avaient engagé contre Marie de Médicis. Quelqu'un de ses familiers, et probablement Bullion, alla interroger Sully dans sa retraite. Celui-ci ne se fit pas prier pour raconter, en les exagérant peut-être, les scènes dont il avait été le témoin. Ce document a certainement été vu par les rédacteurs des Mémoires de Richelieu. Il faut le consulter avec précaution. Mais il respire un vif sentiment de la réalité. 11 faut le rapprocher de nombreux passages, d'ailleurs connus, des Économies royales de Suzy. — On trouvera, en outre, toutes les pièces du procès réunies dans l'ouvrage de M. Zezrer, Henri IV et Marie de Médicis, Didier, 1877, in-8°.

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