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INTIMITÉ DE FANCAN ET DE RICHELIEU

ces temps-là, tout, même les grandes choses, se préparait dans l'intrigue du cabinet.

IL est incontestable que ce Fancan pénétra très avant dans la familiarité, sinon dans la confiance de l’évêque de Luçon. Ses compagnons, qui avaient intérêt à compromettre Richelieu, ont dit, par la suite, qu'il avait écrit ses principaux pamphlets sous l’inspiration directe de celui-ci. Mais l’idée protestante y est trop évidente pour que cette assertion puisse être reçue sans contrôle (1), Fancan était auprès de Richelieu, cela est certain. IT avait avec lui une liberté de langage qui indique d'étroites et intimes relations, voilà tout ce que l’on peut dire.

De ces rapports intimes, il nous reste une preuve d’une authenticité incontestable, dans une lettre écrite à Richelieu, en août 1621, lettre que l’on a attribuée à un autre confident de Richelieu, le Père Joseph, et qu’on peut, sans risque d'erreur, restituer à notre Fancan. Ce sont des conseils donnés de haut, par un politique raffiné, à une ambition dont les inquiétudes et les calculs sont devinés et ménagés sous les formes d’une apparente rudesse : « Souvenez-vous donc, sil vous plaît, que le bien des affaires de la Reine consiste, pour l'heure, en l'établissement d’une vie privée et au mépris des tracas de la Cour... Ne demandez rien au Roi pour votre fait particulier, mais importunez le librement en ce qui regardera les nécessités de la Reine sa Mère. Surtout, montrez discrètement que vous n'êtes de facile croyance à toutes les promesses que l’on pourra faire, les réduisant toutes à l'effet, non aux paroles... N'ayez pas honte de publier que la Reine est extrèmement nécessiteuse; supposez des dettes, faites saisir son revenu... Sa misère, opposée à l’opulence orgueilleuse de ses ennemis, frappera un grand coup pour elle dans les corps des communautés, quand on considévera une grande reine, veuve et mère de deux grands rois, réduite à une vie privée et nécessiteuse par l'insolence d'autrui... Ceux auxquels vous avez

(1) Sur la réserve que Richelieu mit toujours dans ses relations avec le monde protestant, voir un bon passage de FaGniEz, Père Joseph (I, p. 249). — M. Avenel cite une lettre du duc de Rohan où il est dit que l’emprisonnement de Fancan est de mauvais augure. Correspondance (t. II, p. 611).

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affaires veulent tout tenir sous leur puissance; c’est ce qu'il vous faut prévoir d'heure et n'avez que le prétexte d'une vie à demi conventuelle pour échapper de leurs mains... Il sera aussi à propos de faire courir le bruit que la Reine est, à présent, fort opiniâtre en ses résolutions, se laissant parfois emporter à des fantaisies dont on ne peut aisément la détourner; qu'elle se forme des mécontentemens, tantôt contre les uns, tantôt contre les autres de ses plus familiers, et que cela soit semé parmi les domestiques, tantôt feignant qu'il y en a de disgraciés, tantôt travaillant pour les rétablir en grâce; tout cela bien joué... ainsi on gagnera du temps... » Et enfin, ces conseils directs sur l'affaire qui tient le plus au cœur à l’évêque de Lucon, celle du cardinalat : « Si vous n'avez pas présentement vos expéditions de Rome, 1l semble que ne devez vous embarrasser davantage à la poursuite. Il faut alors que la Reine et vous acquériez du crédit parmi les bons François, que vous ne fassiez point paroïtre d'avoir une intelligence avec les maisons ou religions qui sont suspectes à la France (les Jésuites), et la Reine ne feroit pas peu pour ses affaires, si elle prenoit quelquefois un bon docteur de Sorbonne et quelque bon chartreux pour se confesser et, pour prédicateur, quelqu'un qui fût d’un autre habit que le P. Arnoux... Il vous en réussira un plus grand bien qu’il ne semblera à plusieurs; 1l y a de grandes particularités à vous entretenir làdessus (1)... »

Quelle singulière hardiesse, quelle complexité et quelle fécondité de ressources, quelle astuce déliée et impudente, quel irrespect et quel scepticisme dans ce langage tenu à un évêque par un prêtre, quelle assurance détachée dans ces aphorismes que l’auteur de la lettre appelle de lui-même des « maximes d'État »! Qui donc osait parler ainsi, en face, à Richelieu?

Fancan, 1l est vrai, était téméraire. IL aimait à donner des conseils qu'on ne lui demandait pas. Il tranchait volontiers du Machiavel. IL écrivait beaucoup, comme un homme à qui les écritures coûtent peu, et rapportent. Cependant, pour tenir un

(1) Ce document si curieux est publié par M. Avenel dans Correspondance (t. I, P. 685). — Cfr. FAcNIEz, Père Joseph (t. I, p. 99).

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