FANCAN ET LES LIBELLISTES
Voulez-vous piper un prince, Attraper un gouvernement, 4 Acheter toute une province Pour y régner absolument?
Frottez-vous le nez de la Graine Ou du jus de lAluyne.
Voulez-vous que la Royne-Mère Demeure toujours en prison
Et que le Roy soit en cholère Contre elle sans droit ni raison?
Faites toujours que votre haleine Sente l'odeur de l’Aluyne.
On peut lui attribuer également la rédaction de certains pamphlets autrement intéressants, notamment de la Remontrance au Roy importante pour son État, et de la Chronique des Favoris qui avait, nous l'avons vu, la portée d'un manifeste. Ce qui caractérise ces pamphets, et d’autres qu'il écrira par la suite, c’est une argumentation puissante, une véhémence parfois éloquente, une verve souvent grossière et, toujours et par-dessus tout, un fort parfum de huguenoterie.
Fancan n’était pas un isolé dans l’entourage de l’évêque et de Marie de Médicis. Il était étroitement lié avec toute la bande des spéculateurs en mécontentement qui s’attachaient à la cause de la reine mère. Succédant aux Tantucci et aux Ruccellaï, il rencontrait là les Chanteloube, les Marcel, les Mathieu de Morgues. Une lettre de celui-ci nous montre bien quels genres de services on pouvait attendre de ces gens : ils répétaient les nouvelles, agitaient les passions, forgeaient les épigrammes, insinuaient les calomnies, espionnaient, colportaient, rapportaient, hommes à toutes
besognes et à toutes mains, se répandant, selon leurs propres ex-
pressions, «en beaucoup de visites chez des personnes considéra-
bles, pour donner de bonnes impressions et effacer les mauvaises que d’autres avaient données (1) ». C’est ce qu’on appelait, dès lors,
des « mouches », espèces bourdonnantes et malfaisantes qui se:
croyaient nécessaires et que l’on croyait utiles, parce que, dans
(t) Sur Marcel, auteur du pamphlet le Roy du Roy, voir Correspondance (t. H, p. 239) el la lettre de Morgues, dans Correspondance (1. VILT, p. 33).
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