JUGEMENT DE RICHELIEU SUR FANCAN
tiers-parti. Je sais bien que la France s’intéressa à cette politique et que Richelieu y employa même, notoirement, les services de Fancan (1). Mais si celui-ci montra tant d'ardeur à servir cette cause, son ardeur ne le rend que plus suspect, car il n’était pas hbre et il recevait de l'argent de l'étranger.
Richelieu sut à quoi s'en tenir, quelques années plus tard, et voici le terrible réquisitoire qu'il insère dans ses Mémoires, sur l’homme qui avait si adroitement forcé son intimité : « Le Roï fit arrêter un nommé Fancan, pour lui faire expier une partie des crimes qu'il avoit commis. De tous temps, il s’étoit déclaré, plus ouvertement que ne pouvoit un homme sage, ennemi du temps présent. Rien ne le contentoit que les espérances imaginaires d'une République qu'il formoit selon le dérèglement de ses imaginations..… Son exercice ordinaire étoit de composer des libelles pour décrier le gouvernement, de rendre la personne du prince contemptible, les Conseils odieux, exciter à sédition, chercher de beaux prétextes pour troubler le repos de l'État, er, sous le nom de bon Francois, procurer la perte du royaume... En cette considération, 1l avoit pris, de tout temps, intelligence avec les protestans étrangers, auxquel il servoit de fidèle espion, d’autant plus à craindre que sa condition le rendoit moins suspect. Il se servoit envers eux de l'entrée qu'il avoit en diverses maisons des ministres, pour, sous prétexte de bons avis, leur donner de fausses alarmes pour Les armer contre l'État (2)... »
Cet « espion », c’est dans le cabinet de Richelieu qu'il espionnait. On colportait en dehors ce qui se disait au dedans « pour donner de fausses alarmes ». On fomentait des désordres dans l'État par des avis perfidement calculés. Richelieu ne pardonna pas d’avoir été trompé, ou il ne voulut pas dire jusqu'à quel point il lui avait déplu de se laisser tromper. Fancan lui avait été utile; Fancan devenait dangereux; Fancan, ses avis et sa mémoire disparurent dans l’ombre et le secret de la Bastille.
(1) Fancan fut chargé par Richelieu, devenu ministre, d’une mission en Bavière dont les documents subsistent aux Affaires Etrangères, Bavière, t. I; nous y reviendrons, (2) Mémoires de RicuELIEU (t. I, p. 453).
Z74 | FIN DE FANCAN.
Mais, en 1621,au moment où il recevait de ce même Fancan les conseils hardis contenus dans la lettre intime qu'il se laissait adresser; au moment où il lisait, avant qu'ils parussent, des livrets comme les Remontrances au Ror et la Chronique des Favoris; au moment où il étudiait les mémoires si précis et si documentés sur les affaires d'Allemagne, l'évêque de Luçon ne cherchait pas à démêler les mobiles du zèle dont cetofficieux faisait étalage. Obligé alors de ménager le parti protestant, l'évèque avait tout avantage à s'instruire exactement des intérêts qui étaient en jeu dans les conflits internationaux. Cet homme était pour lui un éducateur, un indicateur, et peut-être un intermédiaire.
Mathieu de Morgues et, d’après lui, des écrivains plus récents ont été plus loin et ont attribué à Fancan le rôle d’un inspirateur. L’exagération ou l'erreur sont évidentes. Le parti pris de Fancan en faveur de la cause protestante est si déclaré qu'il est facile de distinguer ses idées personnelles de celles de l’évèque. L'agent représente une doctrine qui ne fut jamais celle de Richelieu, celle qui se résume en cette formule : « À bas le papisme! » On trouve dans l'inventaire des papiers de Fancan la mention d’un dossier qui devait être particulièrement curieux; le commissaire royal qui rédigea l'inventaire, Nicolas Fouquet, l'analyse en ces termes : « Le grand secret du grand Dessein».
C'est un livre in-folio, « qui contient environ cent pages, écrites
à la main, contre les Jésuites, lequel surpasse, à mon sens, tout ce qui a été écrit contre eux ». Si l’on voulait savoir le dernier mot sur la personnalité de Fancan, c’est dans ce « Mémoire », s’il subsiste, qu'il faudrait le chercher. On y reconnaïitrait probablement tout l'esprit de la Conjuration.
Les idées de Richelieu étaient beaucoup plus complexes. IL.
n'a jamais aimé les Jésuites ; mais il avait des raisons très sérieuses de ne pas rompre avec eux. Si les « bons Francois », si l'opposition protestante elle-même avaient les yeux tournés vers Jui, si, comme il arrive dans toutes les coalitions, l’évêque avait des accointances diverses, il est certain que les « catholiques », les « dévots », n'avaient, d'autre part, aucune raison
+ bi de RE