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VÉRITABLE SITUATION DE RICHELIEU

de le traiter en ennemi, ou en suspect. C'est là que s’observent ce sens de la mesure et cette sagesse qui seront le secret ct la force de toute son activité politique. Le sentiment du bien public le guide parmi les excès qui l’environnent et assure à son caractère une position si haute que même ceux qui le craignent ne peuvent pas ne pas l’estimer. Évèque, il était trop soucieux de sa dignité pour se laisser compter au nombre des adversaires publics ou cachés de l'Église; candidat à la pourpre, son intérèt l’eût mis en garde contre toute manifestation qui eût alarmé Rome.

Si la tactique de son opposition contre Luynes le portait à se séparer des catholiques ultra; si sa clairvoyance le préservait de l'illusion, généralement partagée, qu'on en finirait avec le parti huguenot en une seule campagne; s’il appréhendait la guerre civile; si son génie politique lui découvrait les conséquences de la faute commise à Ulm, de l'abandon du Palatin, de l'invasion de la Valteline, il était pourtant assez maître de soi pour ne pas aller au delà.

Il se proposait surtout de rentrer dans la faveur du Roi. Or, Louis XIII était trop bon catholique pour confier jamais les affaires à un homme dont les sentiments à l'égard de l'Église n’eussent pas été sûrs. Marie de Médicis était dévouée, corps et âme, aux idées romaines. Enfin, l’évèque de Luçon faisait sa société habituelle de personnages appartenant au haut clergé et que leur foi active et leur ardeur religieuse recommandaient particulièrement à la faveur du Roi, à la piété des fidèles et à la confiance du Saint- Siège. |

Au premier rang, les cardinaux de Retz et de La Rochefoucauld; puis son ami, l’archevèque de Sens, frère du cardinal du Perron, qui s'employait sans cesse à un raccommodement avec Luynes et à un rapprochement avec la Cour; puis le confesseur du Roi, ce bruyant et intempérant Père Arnoux qui, après l'avoir combattu, s'était pris tout à coup d’un beau zèle pour lui et ne se gènait pas pour le proclamer le futur chef du gouvernement (1); puis le fondateur d’une de ces congrégations qui allaient

(1) Le Père Arnoux lui écrit un peu plus tard : « Quand un nouveau chevalier fait

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tant contribuer à restaurer en France la pureté des mœurs et de

la doctrine parmi les membres du clergé, le fameux Père de Bé-

rulle ; enfin, par-dessus tout, l’ami des premiers jours et des heures mauvaises, l'homme dont l'autorité, la valeur, le désintéressement,

le prosélytisme fougueux eussent fourni, au besoin, caution sufli-.

sante, le Père Joseph.

Essayons de préciser, dès maintenant, le rôle du Père Joseph. C'était un homme de foi, un enthousiaste, un imaginatif. Ses vertus religieuses dépassent la mesure commune. Il fut un fondateur d'ordre, un directeur de conscience admirable, un écrivain abondant et souvent heureux; et, en plus, il reste, auprès de son ami, une très remarquable personnalité politique. II

consacra la première partie de sa vie à la réalisation d'une en-

treprise qui n'aboutit pas et qui ne pouvait pas aboutir, une eroisade nouvelle contre le Turc. Mais la seconde partie, il la dévoua à l'exécution des desseins du grand ministre qu'il avait su reconnaître, avant tout le monde, et auquel 1l dermeura, seul peut-être, fidèle jusqu’à la fin. Il fut, pour Richelieu, un appui sans pareil et un instrument unique, — puissant et souple. On dit que Fancan écrivit sous l'inspiration du prélat : et le Père Joseph? Les archives sont pleines des documents où sa plume ferme et prompte donne le tour à la pensée de l'ami (1).

À partir de l'époque où ses conseils influents ramenaient

aux fauxbourgs de Saint-Jean d'Angely sur la tranchée nous aura donné sa place effectivement (il s’agit de Luynes), personne n'en sera plus aise (et je n’en excepte personne,

pas même le Père Joseph en quije cède à vos affections) que moi ..» Affaires Étran-

gères (vol. 774, fo 3).

(1) La personnalité du Père Joseph a été tirée récemment de l'obscurité maligne où

l'avaient plongée les racontars des contemporains et surtout les trois livres contradictoires del’abbé RicuarD (Histoire de la vie du R.P. Joseph Le Clerc du Tremblay, capucin, Paris, 2 vol. ;1702, Le véritable Père Joseph, capucin, nommé au cardinalat, 1704, 1 vol. in-12, et Réponse au livre intituléle Véritable Père Joseph), par l'excellentouvrage de M. G. FAGniEz, Le Père Joseph et Richelieu, 2 vol. gr. in-8°, Paris, Hachette, 1894. — Consulter aussi les ouvrages de l’abbé Denouvres: Le Père Joseph devant l'histoire,

1892; Le Père Joseph polémiste, Paris, 1895, in-8°. — Une thèse de M. Parmentier sur.

un « Supplément à l'Histoire de Richelieu » a mis en lumière, par les discussions qu'elle

a provoquées, le « Supplément à l'Histoire de France » de LEPRÉ-BALAIN, manuscrit pré

cieux rédigé d’après les papiers du Père Joseph, maintenant conservé au British Museum, fonds Egerton, n° 1673, et auquel nous ferons de larges emprunts dans les études qui vont suivre.

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