LE PÈRE JOSEPH ET LES CATHOLIQUES
capucins étaient mêlés. Mais il n'y avait, probablement, dès cette époque, entre eux aucune sympathie. Cette froideur réciproque devait se tranformer, un jour, en une hostilité déclarée. Le Père Joseph n'aimait pas ce chanoine si hardiment huguenot et ce « bon François » si dévoué aux intérêts de l'étranger. Sa perspicacité et ses soupçons étaient en éveil. Il comprenait que Richelieu ne pouvait que perdre en compromettant sa dignité d'évêque catholique dans ces relations et ces menées louches. Si son ami se füt laissé entrainer par les astucieux conseils du Machiavel obscur il l’eût retenu d'une main vigoureuse, avec cette brutalité familière permise à l’ami et au capucin. Mais de cela il n’était nul besoin : malgré l'opposition de l'évèque à la politique de Luynes, malgré les indices qui révélaient sa participation à la guerre de libelles, malgré le ton assuré de Fancan et de ses amis, aucun doute n’était émis au sujet des sentiments scrupuleusement corrects de Richelieu. Les catholiques le considéraient, unanimement, comme un de ces prélats illustres appelés, par leurs vertus, leurs mérites et une désignation quasi providentielle, à prendre dans les Conseils du roi de France la place qu'avaient occupée, aux siècles passés, tant de lumières de l'Église, Rome mème, toujours si bien renseignée, n'avait aucun doute. Au moment où la lutte était acharnée entre les deux partis, en dépit de l’animosité des ministres et malgré les mauvaises dispositions de Bentivoglio, le Pape recommandait au nouveau nonce, Corsini, partant pour Paris, de se confier surtout au cardinal de La Rochefoucauld, « et à l’évèque de Luçon (1) ».