‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 409 sur 479 · GÉNIE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

GÉNIE DE RICHELIEU

blèmes qui se posent, la vivacité des passions qui se heurtent, tout l'excite; il est en pleine force et le cortège des amis et des admirateurs lui crie, de partout, que son heure est proche. Il arrête ses résolutions et ses projets; car son clair esprit ne peut supporter, surtout en lui-même, la moimdre obscurité.

Il est gentilhomme; il est soldat; 1l est prêtre; un cœur francais bat en lui. Les siens ont toujours servi la cause royale. Sa jeunesse avait connu les misérables temps de la Ligue et sa brillante adolescence avait vu les dernières et heureuses années du règne de Henri IV. Ses mérites éclatants avaient attiré l’attention de ses collègues, puis celle des assemblées, enfin la faveur de la Reine : il était entré, une première fois, au ministère. Il avait pu croire, un instant, que la valeur saisit et arrète le succès. Une terrible catastrophe l'avait ramené à une plus juste appréciation des réalités. Le comble de la fortune s'était abîmé devant ses yeux, pour lui servir de leçon. Il devait garder, de cette heure, le souvenir et, un peu, le tremblement.

Il n'avait fait que passer au ministère; mais il y était resté assez longtemps, pour connaitre l'aspect qu'ont les hommes et les affaires, quand on les voit de haut. Désormais, quoi quil advint, il était ministre et responsable pour la vie. Pour ces sortes de natures l'investiture du pouvoir est une désignation qui les consacre à jamais. Il se devait donc au pays, à la France. Ce sont là de ces vocations exigeantes qui ne laissent plus de place à aucun autre engagement humain. Entre de tels hommes et les générations qui les voient paraitre, il y a contrat tacite. Celles-ci savent qu'elles peuvent disposer, sans réserve et sans scrupules, de ces serviteurs que la destinée leur envoie. Mème si elles les frappent injustement, elles les retrouveront toujours. Ils s'inclinent devant la volonté du maitre, c'est-à-dire du pays. On dit ces natures ambitieuses : leur ambition est de servir.

À cette époque, il n'y avait qu'une façon de servir la France : servir le Roi. Louis XIII, faible, timide, bègue, presque impuis-= sant, avait montré cependant, dans l'affaire du maréchal d’Ancre,

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