MARIE DE MÉDICIS, RÉGENTE
mentés choisis par le feu roi. Mais, peu à peu, elle versa dans le fa-
voritisme où son indolence était portée naturellement, et laissa pren-
dre aux Concini une autorité dont l'excès prépara sa chute (1). Il faut parler maintenant des Concini. Tous les biographes de
Marie de Médicis les lient intimement à son sort. Cette subordina-
tion constante de sa vie à l'influence de ses familiers est un trait de caractère d'autant plus frappant chez la mère qu'il se retrouve, plus tard, chez le fils, Louis XIII. Elle avait connu, de toute date, Léonora Dori (qui se fit appeler ensuite Galigaï), et la mort seule la délivra de la domination que cette femme exerçait sur elle. Léonora était fille de la nourrice de la princesse, par conséquent d'origine populaire, la mère étant, disait-on, blanchisseuse et le père menuisier. Élevée près de Marie de Médicis, elle lui était devenue indispensable, parce qu’elle l'habillait bien et qu’elle savait remplir les heures interminables de la vie de cour par des
conversations de toilettes et de futilités. C'était, d’ailleurs, une
fine mouche, le nez aigu, les lèvres pincées, la figure chafouine, noire et plutôt laide, mais l'œil vif, et non sans un certain charme
(1) Voir le jugement d’ensemble, remarquable de tous points, porté sur Marie de Médicis, en: 1616, par l'ambassadeur vénitien Conrarint (t. I, p. 556-558): Il est plutôt favorable. Mais il faut tenir compte de la situation d’un ambassadeur qui sait que ce genre de document, lu devant une assemblée nombreuse, peut toujours être connu du dehors. — Cfr. d’autres indications : le mot de Henri IV, cité par M"° D'ARCONVILLE À « Vous entière, pour ne pas dire têtue » (t. 1, p. 87); ce détail donné par Arnauld d'Andilly : « La Reyne s'étoit trouvée fort mal, la nuit du 27 (juillet 1615), d'un grand flux de véntre qui la mène vingt-cinq ou trente fois avec du sang. On en attribue la
cause à une colère qu'elle avoit eue le jour précédent. » Journal inédit d'ArNAutb
D'ANDILLY publié par Ac. HALPHEN, Techener, 1857 (p. 92); un autre mot d'Ubaldini : « La reine qui donne toujours raison au dernier qui lui parle... » Dans PERRENS, Mar. esp. (p. 340). — Voir aussi les citations extraites des lettres de l'ambassadeur d'Espagne Inigo Cardenas, dans Carericue, Richelieu, Mazarin et la Fronde, éd., 1844 (t.I, p. 58 et p. 100, et enfin, pour l'opinion des ambassadeurs toscans , l'ouvrage de BEr- THOLD ZELLER, (a Minorilé de Louis XIII, Marie de Médicis et Sully; Paris, Hachette 1892, in-8°, (notamment, p. 142). « 11 me paraît, écrit Botti, en 1612, que cetté grande princesse prend tous les jours un véritablement accroissement de prudence: Elle m'a confié qu'elle commence à entendre son métier... Elle m'a dit qu'il n'est pas vrai que son mari eût pris à cœur de l’initier aux affaires. Pour défendre sa vie, au besoin, elle a une extrême confiance en-sa force physique. Lorsque le roi se mit à se promener en tête-à-tête avec Biron, elle lui dit qu’elle voulait être auprès dé lui pour $e jeter par derrière sur le maréchal, si elle avait vu qu’il voulait faire le moindre mouvement (p. 142). » Assurément, si l'on s’en rapporte aux RAS et aux {ableaux de Rubens, le maréchal eût eu affaire à forte partie.