‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 42 sur 479 · LÉONORA GALIGAÏ · texte numérisé non relu

LÉONORA GALIGAÏ

qui venait de l'intelligence, sinon du cœur. Adroite et insinuante, elle devint, sur la fin, imaginative, maniaque et atrabilaire, avec un goût mêlé d’effroi pour les choses de l’autre monde, sorcelleries, influences secrètes et grimoires. Tout cela lui assurait, sur l'esprit de la princesse, un ascendant tel que les contemporains y voyaient quelque chose de mystérieux.

Au moment du mariage de Marie de Médicis, on avait voulu les séparer. Mais Marie, vieille fille — elle avait vingt-sept ans — et déjà esclave de ses habitudes, s’y était refusée; et Le duc de Toscane, sachant sa nièce obstinée, n'avait pas insisté. Léonora vint donc en France et, à vrai dire, elle représenta, pour la cour et pour la reine, tout ce qui rattachait celle-ci à son passé florentin. Un conflit assez curieux où le nom des Richelieu est mèlé se produisit même à ce moment. Henri IV, en formant la maison de la reine, avait désigné, pour remplir les fonctions de surintendante, M'° de Guise, pour remplir celles de dame d'honneur, M”° de Guercheville et enfin, pour être dame d’atours, M”° de Richelieu, femme du frère ainé de l’évêque de Luçon. Mais Marie exigea que cette dernière fonction fût réservée à Léonora, et après une intrigue de jupes, où M°° de Verneuil, la maitresse de Henri IV, soutint les Concini, M"° de Richelieu fut évincée (1).

(1) Voir cette histoire racontée dans le document intitulé : Les Amours de Henri IV par la Princesse de Cort, publié, dans le Recueil S \p. 49). — Pour tout ce qui précède j'ai groupé des renseignements pris un peu partout; voir notamment : Histoire du maréchal et de lamaréchale d'Ancre, écrite au dix-huitième siècle et conservée en manuserit aux Archives du ministère des affaires étrangères. France, vol. 769 (f05 75-160); la Vie de Marie de Médicis, par M®° p'ARCONVILLE (t. 1°"). — ConTaRini écrit, en 1616 : « La maréchale, comme Sa Majesté, est originaire de Florence, de basse extraction, fille de sa nourrice; elle fut courtisée alors par le cavalier Concini qui, ayant prévu de loin sa grande fortune, la demanda en mariage. C'est une femme de beaucoup d’esprit et de grand air; elle arrange admirablement ses affaires et âccumule de grandes richesses ; elle est détestée du peuple qui sait que la reine ne fait rien que par elle. » BAROZZI ET Bercuer (t. 1, p. 558). Le ministre de Toscane écrit en juin 1610 : « D'après ce que j'ai entendu de Ja reine elle-même, Sa Majesté aime Léonora d’une facon extraordinaire; elle est comme énamourée d'elle. » ZeLLER, Minorilé (p. 53). Pour les origines, voir Virtori0 SiRi, Memorierecondile; inParigi, 1677, in-4° (t. IV, p. 17). — Je ne cite que pour mémoire les nombreux pamphlets contemporains qu'on ne peut consulter qu'avec la plus grande prudence : Le volume de Pierre MATHIEU, La Conjuration de Conchine, publié en 1618, in-8°; du même, Œlius Sejanus, Histoire romaine, 1626, in-16. — V. aussi Histoire tragique du marquis d'Ancre et de sa femme contenant un bref narré de leurs pratiques et desseins depuis le traité de Loudun jusqu'aux jours de leur mort

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