LES IDÉES DE RICHELIEU
la faveur du Roi, avait cette sorte de fierté qui le poussait à ne vouloir la conquérir que par ses mérites réels et par l'évidence de sa supériorité. Chemin dangereux, entreprise téméraire, mais qui, si elle réussissait, pouvait fixer la fortune pour toute une vie. |
Done, l’évêque était dans la nécessité d’avoir toujours raison. Il fallait qu’il eût raison si fortement que l'attention d'un homme aussi ordinaire que Louis XIII fût frappée. En outre, il devait avoir toujours raison dans le sens royal. L'intérêt royal devait être la ligne de conduite unique et imperturbable du ministre. Il fallait qu’il fût la raison d’État incarnée pour devenir l’homme de l'État, et par là, bon gré mal gré, l'homme du Roi.
Ses idées se précisaient, et il dégageait, de l’ensemble des circonstances où il vivait et des complexités de cette année 1621,
le triple dessein dont la réalisation devait occuper son ministère :
réduire les Grands, détruire la puissance politique des huguenots, abattre la Maison d'Espagne. Laissons-le parler lui-même : « Lorsque Votre Majesté se résolut de me donner, en même temps, et l'entrée de ses Conseils et grande part en sa confiance..., je lui promis d'employer toute mon industrie et toute l'autorité qu'il lui plaisoit me donner pour ruiner le parti huguenot, rabaïsser l’orgueil des Grands et relever son nom dans les puissances étrangères au point où 1l devoit être (1)... » IL com-
prenait avec une lucidité merveilleuse que cette triple tâche était
l’œuvre royale par excellence.
Les Grands étaient les adversaires permanents de l'autorité monarchique. L'évèque les avait vus de près. IL avait travaillé avec eux dans cetle entreprise générale de rébellion qui avait abouti à la rencontre des Ponts-de-Cé. Il les connaissait. Il
savait leur égoïsme imprévoyant, leurs divisions atroces, leur
turbulence avare. Il savait que, parmi eux, il en était bien peu qui eussent au cœur le souci du bien public. Survivants d’une
aristocratie qui avait autrefois soutenu l'édifice compliqué du
(1) « Succincte narration des grandes actions du Roi », en tête du Testament Politique, édit. donnée par FONCEMAGNE : Maximes d'État ou Testament politique d’Armand Du Plessis cardinal duc de Richelieu, Paris, 1764, in f° (prb
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