LES GRANDS ET LES PROTESTANTS
régime féodal, ils ne songeaient plus qu'à sauver les débris d'une autorité inutile et épuisée. Ils combattaient sans chef, sans programme et sans espoir; leur agitation n’était qu'une opposition vaine. Toujours prêts à se conjurer, mais toujours disposés à se vendre individuellement, ils formaient à peine un parti.
Cette étrange aristocratie n'était même plus libérale. Les fils des illustres familles du siècle précédent, les Condé, les Guise, les Châtillon, étaient prêts pour la servitude ; seulement ils voulaient la servitude dorée. Pour les tenir, on prodiguerait l'or; mais, si quelque ambition exigeante ou quelque fierté tardive se montrait intraitable, on saurait, comme Tarquin, raccourcir les têtes pour assurer la tranquillité publique. Richelieu, au lendemain de la déroute des Ponts-de-Cé, avait déjà calculé, nous l’avons vu, ce que cette rébellion, à laquelle il avait participé, eût pesé devant la menace du « bourreau ». Grand niveleur, et précurseur de l’œuvre démocratique, il abolirait ces « pouvoirs intermédiaires », qui obstruaient, de leur dangereuse inutilité, les relations entre le Roï et les peuples.
Avec les protestants, le problème était singulièrement plus compliqué. Pouvait-on leur laisser la paisible jouissance des avantages politiques que la gratitude de Henri IV et la lassitude du pays leur avaient accordés temporairement, à la fin des guerres de religion? Ils se réclamaient sans cesse de l’Édit de Nantes : mais l’'Édit de Nantes n’était qu'une trêve, un engagement à temps, renouvelable et modifiable à chaque échéance.
La France ne pouvait être forte, tant qu’elle renfermerait dans son sein un corps organisé, en pleine paix, sur le pied de guerre, avec chefs indépendants, cadres militaires, places desüreté, budget et Justice à part, armée toujours prête à prendre la campagne. Fallait-il reconnaître l'existence d’un État dans l’État? Pouvait-on admettre que des Français nombreux et ardents eussent toujours la menace, à la bouche et la rébellion dans le cœur? tolérerait-on leur perpétuel'et insolent recours à l'étranger ? Un État ne saurait subsister, s’il est ainsi divisé contre lui-même. Pour assurer l’unité du royaume, pour ramasser toutes Les forces nationales, en vue des