‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 413 sur 479 · LES TROIS POINTS DU PROGRAMME · texte numérisé non relu

LES TROIS POINTS DU PROGRAMME

luttes extérieures qui se préparaient, il fallait donc ruimer le corps des huguenots de France ou l’amener à composition.

Mais une double et grave difficulté surgissait. Si l'existence d’un tel parti était un péril évident, une guerre qui paraïtrait avoir la religion pour prétexte serait toujours odieuse. On ne force pas les consciences ; Richelieu le savait, et, sur ce point, son opinion était arrêtée. Il se rattachait à l’école de ceux que les luttes du xvi° siècle avaient instruits, à l’école de Bodin, de Montaigne, de Charron, et, pour faire court, de Henri IV. Il savait que les guerres d’anéantissement sont sans issue, surtout quand il s’agit de guerres intestines. Mais comment dissiper l'habile confusion que la cause protestante avait intérêt à entretenir entre la politique et la religion ? C'était là une première difficulté : il y en avait une autre.

Ce parti, composé de Français énergiques, vigoureux, intelligents, était un précieux appoint pour la royauté, si elle entrait en lutte avec la Maison d’Espagne. Toutes les relations du parti au dehors étaient avec les ennemis de cette monarchie. Par eux, on s’assurait le concours des puissances protestantes, l’Angleterre, la Hollande, les princes allemands, et même Vemise et la Savoie. Si on les attaquait, au contraire, ce groupe naturel des alliances françaises — les alliances de Henri IV — se retournait contre nous.

De telle sorte que la deuxième partie du fameux programme: ruiner le part protestant, semblait en contradiction avec la troisième : abattre la Maison d'Espagne. Or, cette dernière entreprise était certainement celle à laquelle Richelieu comptait se consacrer surtout. :

L'idée de la lutte contre la Maison d'Espagne était si répandue en France qu’un homme d’État n'avait, pour en concevoir le dessein, qu'à se laisser porter par l'opinion. Mais comment se dissimuler les obstacles presque insurmontables que rencontrerait sa réalisation ? Pour les contemporains, la Maison d'Espagne était à son apogée. Il fallait une singulière perspicacité pour

deviner son prochain et rapide déclin. Elle disposait des ri- M

chesses du monde. Les deux branches de la dynastie, tant celle

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