‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 415 sur 479 · ANTINOMIE · texte numérisé non relu

ANTINOMIE

chrétienté, violation de toutes les lois divines et humaines ! On mettait le Pape, et Dieu, contre la France !

En France même, quelle plainte, quelle désolation! Ce peuple était religieux, et, tout récemment, ligueur. Que sa bourgeoisie fût sceptique et frondeuse, cela n'entamait pas les sentiments des masses. La Cour, comme le roi lui-même, était non seulement catholique, mais dévote. A quoi bon les vœux à la Vierge et les pèlerinages à Notre-Dame des Ardilliers, si c'était pour aboutir à une telle catastrophe? Les peuples aiment la paix; les dévots veulent la paix catholique; ceux qui s'appellent les « bons Francois » ne sont qu'une minorité bruyante. Comment susciter de pareilles complications, quand le pays ne dispose ni d'une armée, n1 d’une flotte, ni de généraux expérimentés, n1 de ressources pécumiaires, et quand on est, soi-même, un évêque en passe de la pourpre?

Les seuls sur qui on püt s'appuyer, les seuls qu’une pareille

conduite comblerait de joie, ce seraient précisément les hommes et les partis qui, de près ou de loin, se rattachaient à la cause protestante. Mais alors, la contradiction fondamentale apparaissait de nouveau. Ces deux politiques, celle de la lutte contre les protestants et celle de la guerre contre la Maison d'Espagne s’exeluaient. Si on voulait réduire la Rochelle, il fallait s'arranger avec Madrid; si on voulait combattre l'Autriche et l'Espagne, il fallait, au dedans et au dehors, s’allier et se confier aux protestants. C'était un dilemme.

Luynes l'avait compris. Contraint de choisir, 1l avait choisi. Il avait adopté l’une des deux politiques avec toutes ses conséquences, et, en somme, la décision .prise par lui était conforme aux traditions nationales qui voulaient, avant tout, l’unité intérieure, conforme aux instincts religieux de la majorité du pays, et conforme, enfin, à l'idéal suprême de la royauté capé-

tienne, descendante de saint Louis, fille ainée de l’Église et soldat:

du Christ!

C'est parmi ces difficultés et ces opinions diverses que Richelieu cherchait sa voie, ou, pour être plus exact, qu’il s'affermissait en son dessein. Aucune objection ne lui échappait. Maïs son esprit pénétrant apercevait des conciliations intimes entre les thèses con-

D, De

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