‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 416 sur 479 · ADMIRÂBLE PONDÉRATION DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

ADMIRÂBLE PONDÉRATION DE RICHELIEU

traires en apparence : 1} démêlait les nécessités premières, leur subordonnait les autres, ordonnait d'avance dans sa pensée les exécutions et les succès; il classait, sériait, combinait, et passait tant d'idées diverses au crible du bon sens et de la réflexion.

Il se disait, tout d’abord, que la pire des solutions, c'était l’inaction. Si l’on ne va pas au-devant des événements, ils marchent sur vous et vous Surprennent. Or, au point où en étaient les choses, en France et en Europe, l'ère des tergiversations était close. Luynes même avait dû prendre parti. Tout autre, à sa place, eût été contraint de se prononcer.

La France ne pouvait se désintéresser du conflit qui divisait l'Europe. S'il se terminait sans elle, 1l se résoudrait contre elle. Les coalitions la menacent toujours. Sa situation est telle qu’elle ne peut indéfiniment s'abstenir. Mais, d'autre part, cette même situation lui impose une autre règle de conduite : elle ne doit s'attacher absolument à aucun système général de politique européenne, parce qu'un succès ou un revers absolu lui serait également funeste. De toutes les puissances européennes, elle est la mieux située et la plus exposée. Il faut donc qu'elle sache, à la fois, se livrer et se réserver. La politique d'équilibre est essentiellement la politique française.

Ce sont ces principes qui guident Richelieu. La France n'est pas le champion de la cause catholique; elle n’est pas le champion de la cause protestante. Pourquoi assumerait-elle l’un ou l’autre rôle? La sagesse d’un homme d’État doit consister à saisir, dans l'un ou l’autre système, tout ce qui peut servir ses vues et ses intérêts.

La lutte contre la Maison d’Espagne, qui est sa pensée dominante, prouvera qu'il n’entend nullement faire, par sa politique ou par ses armes, œuvre de religion; la lutte contre Les protestants à l’intérieur fournirait, au besoin, la mème preuve en sens contraire. Si on l’accuse de favoriser Les protestants, il prendra la Rochelle ; si on l’accuse de persécuter les hérétiques, il se proclamera l’allié du Palatin, des Pays-Bas et de la Suède. D'ailleurs, il ne s’agit pas de répondre à de vaines objections. Pour cette besogne, 1l y aura toujours des plumes dévouées; il s’agit des destinées du pays.

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