‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 428 sur 479 · DISGRACE DU P. ARNOUX · texte numérisé non relu

DISGRACE DU P. ARNOUX

elle toutes les foudres. Le Roi commençait à se méfier. Il tirait les gens dans les embrasures et leur parlait à l'oreille. Il se plaignait tout bas et disait que Luynes « faisoit le Roi. » Chez un prince qui n'avait pas assez de ressources pour mettre un long intervalle entre l'impression et l’action, ces dispositions étaient tout au moins dangereuses (1). |

Cependant, Luynes, payant d’audace, remporta encore sur ses adversaires une nouvelle victoire qui lui parut décisive. Le parti catholique, auquel il avait tout sacrifié, ne le trouvait pas assez ardent. Le prince de Condé l'avait pris de haut avec lui et s'était retiré, dès la fin de l’année précédente, dans son gouvernement du Berry; le Père Arnoux, resté près du Roi, menait dans le camp même toute l’intrigue contre le favori.

Le bon Père fut bien surpris quand, un beau jour, le Roi lui dit, d’un ton sec, qu'il n'avait plus besoin de ses services et qu’il lui retirait le soin de sa conscience. Jamais jésuite plus sûr de soi, ne fut plus décontenancé (2).

Le temps passait; les semaines etles mois s’écoulaient. On bombardait à force. Selon les conseils du Père Dominique, venu exprès d'Allemagne pour bénir les armées royales, on fit tirer, sur la ville elle-même et non plus sur les fortifications, trois cents coups de canon à la volée; on lvrait des petits assauts partiels où on perdait beaucoup de monde. On négociait toujours, et la ville ne se rendait pas.

Les seigneurs, et Rohan lui-même, eussent été d'assez bonne composition. Mais le peuple et les ministres étaient intraitables. Parmi ceux-ci, un des plus violents, Chamier, fut atteint d’un coup de canon en pleine poitrine. Sa mort fit de lui un martyr et ne découragea nullement les autres.

Un grand effet moral fut produit en sens contraire, sur l’armée

(1) Journal de BAssomPIERRE (t. II, p. 382).

(2) L'histoire de la disgrâce du Père Arnoux est racontée dans tous les documents contemporains. Voir notamment Mémoires de Riceuieu (t. 1), Journal de BASSOMPIERRE

(loc. cit.) et CnaBans,' Guerre des Huguenots (p. 184). — Voirla lettre assezplateque le P. Arnoux, après sa disgrâce, écrivit à Luynes: « M’estant icy rendu dans ce désert, par

vostre commandement... j'ai fait une profonde réflection sur tout ce qui s'est passé entre vous et moy... » Bibl. Nat., fonds Clairembault(vol. 1132, f° 2).

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