SIÈGE DE MONTAUBAN
Celui-ci fut interrogé, mis à la torture et puis pendu, non sans avoir fait des aveux complets. Cette exécution découragea les traitres (1).
La place ne fut jamais complètement investie. On n'avait pas assez de monde. Le Roi prit séjour à Piquecos, nid d’aigle perché sur une haute colline dominant la vallée du Lavarion, à une bonne lieue de Montauban : on ne voulait pas l’exposer de trop près ni le faire vivre au milieu des troupes. Le connétable, établi entre le Roi et la ville, du côté de la porte de Montmirat, avait sous ses ordres le maréchal de Praslin et son propre frère, le maréchal de Chaunes. Le quartier du duc de Mayenne était sur la rive du Tarn, en face du faubourg de Ville-Bourbon; là commandait le maréchal de Thémines ; et enfin le maréchal de Lesdiguières, secondé par le duc de Chevreuse et le prince de Joinville, était campé du côté de la ville Neuve, entre la porte du Moustier et le Fort. Les attaques les plus vives furent poussées de ce côté par le prince de Joinville, et surtout du côté de Ville-Bourbon par le duc de Mayenne. Il y eut plusieurs assauts brillants où beaucoup de noblesse périt. Mais, en réalité, Luynes empêchait tout par ses éternelles négociations : tantôt avec Sully, tantôt avec Rohan, tantôt avec des personnages plus minces; il était en manigance perpétuelle, comptant toujours que son savoir-faire arrangerait les choses. Il eût mieux fait de laisser agir les soldats (2).
Sur ces entrefaites, le chancelier Du Vair étant mort (3), Luynes ne sachant à qui confiier les sceaux et ne voyant plus de fidélité assurée autour de lui, les garda pour lui-même. Il accumulait ainsi sur sa tête toutes les responsabilités et attirait sur
() Voir dans le Journal ms. de NaraLis sous la date du 1°* septembre 1621 (F. 38) la condamnation et la mort du capitaine Sauvage. — Voir aussi une lettre du Père Olivier, conservée dans les archives de la ville de Nimes DDL, 25 septembre 1621. « On a fait pendre dans Montauban un capitaine nommé Sauvage qui avoit faict la trahison de Clairac et qui estoit entré portant des lettres de M. de La Force au comte d'Orval... »
(2) Voir Journal ms. de Narazis, f 52 et suiv., 26 octobre 1621. « Pourparlers entre les deux partis ».
(3) Sur Du Vair, voir le passage curieux que Richelieu lui consacre, dans ses Mémoires (t. I, p. 243). IL était un des chefs du parti catholique. — Cfr. Puxor, Béarn (p. 355).