‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 43 sur 479 · CONCINO CONCINI · texte numérisé non relu

CONCINO CONCINI

En habile homme, Concini avait deviné cette fortune et s’y était attaché. Celui-ci était de bonne souche. Ses ancêtres avaient Joué un rôle dans les luttes politiques de Florence. Son père avait été ministre de Côme de Médicis. Cependant il était pauvre et il n'avait, quand il vint en France, que la cape et l'épée. C'était un bel homme, — un bel Italien, le teint brun, le visage pâle, la moustache noire, la taille grande, droite, le corps bien proportionné, l'œil de velours et l’air souvent mélancolique. Galant et brave, vaniteux et violent, ambitieux d’argent et d'honneurs, grand joueur et généreux, il était de la race de ces aventuriers qui, à partir du quinzième siècle, s'étaient répandus sur l'Europe et avaient mis au service des monarchies encore à demi barbares, la souplesse et la pénétration du génie péninsulaire. Sa jeunesse avait été déplorable : « Si vous ne m'’aviez connu dans ma bassesse, disait-1l lui-

même à Bassompierre, je tâcherais de vous la déguiser. Mais vous

m'avez vu à Florence, débauché et dissolu, quelquefois en prison, quelquefois banni, le plus souvent sans argent et incessamment dans le désordre et la mauvaise vie. Je suis né gentilhomme et de bons parents, mais quand je suis venu en France, je n'avais pas un sol vaillant et devais plus de huit mille écus. »

À bout de ressources, traqué par le besoin et par l'ambition, il jeta les yeux sur Léonora. Celle-ci était trop intelligente pour se faire illusion sur les motifs qui le portaient à demander sa main. Mais elle était femme : malgré l'opposition de la reine, elle épousa

ce décavé (1). Marie de Médicis obtint elle-même de Henri IV,

qui avait probablement quelque folie à se faire pardonner, la promesse d’une somme de 70,000 livres tournois qui devaient leur

et exécution, 1617, in-12. — La Médée de la France, dépeinte en la personne de la marquise d'Ancre. — Le Catholicon françois, par l'admirable Guillot le Songeur. Aux bons Francois, 1616, in-16, etc., etc. Voir aussi l’Historiette de TALLEMANT DES RÉaAuUx, le Maréchal d'Ancre : « C'étoit une petite personne fort maigre-et fort brune, mais de taille assez agréable, laide à cause de sa grande maigreur... Comme elle étoit mal saine, elle s'imagina être ensorcelée et, de peur des fascinations, elle alloit tou-

jours voilée pour éviter, disait-elle, à Guardatori. Elle en vint jusqu’à se faire exorci-.

ser. » Éd. 1865, in-12 (t. I, p. 134).

(1) Sur toutes ces origines et sur les difficultés du mariage, voir le passage déjà cité des

Memorie recondite (t. IV, p. 60). Virrorio Sir dit que Léonora se maria malgré sa |

« difformité » et quoiqu’elle fût beaucoup plus âgée que Concini.

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