LOUIS XIII ET LUYNES
gues heures de la vie par l’activité physique et par d'insipides bavardages. L'accoutumance pouvait aller jusqu’à créer en lui l'affection, et même jusqu’à susciter une sorte de passion. Il n'avait pas l'âme tendre, mais il était comme les timides qui adorent les visages connus, car ils représentent pour eux tout un monde. Si d’autres visages succèdent, les yeux prennent d’autres habitudes, sans que le cœur soit touché.
Ce sont les femmes qui s'emparent, d'ordinaire, de ces natures ennuyées et inquièles. Mais la femme avait effrayé l’adolescent royal, marié trop tôt. Il s’en tint au favori. Il eut toujours auprès de lui un homme : compagnon de chasse, familier, intime, ami, aimé, l'expression est aussi difficile à trouver que le sentiment lui-même à saisir et à préciser. |
Le genre d'attachement que Louis XIII éprouva pour Luynes fut la première expérience de ces relations singulières. Luynes ménagea, au profit de sa faveur, la transition qui prolongea l’ado-
lescence jusque dans la majorité. Ainsi, par tous les moyens, il.
resta maître de l'esprit du Roi.
Il fut d’ailleurs le seul qui exerca véritablement une autorité politique. Luynes mort, Louis XIII qui, malgré tout, ne manquait pas de bon sens, se jura à lui-même de ne plus prendre ses ministres parmi ses favoris. Il tint parole, et ne mêla plus son amusement avec son devoir (1).