‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 433 sur 479 · LA COUR APRÈS LA MORT DE LUYNES · texte numérisé non relu

LA COUR APRÈS LA MORT DE LUYNES

puissante sur l'esprit de son fils. C’est à peine si le Roi mentionne « l'ennui » qu’il éprouve de la mort du Connétable : « L’affection que j'ai pour vous, plus forte que tout autre ressentiment, ne souffre pas que mon esprit demeure davantage en ces tristes pensées. » Il dit combien il a hâte de rentrer à Paris et combien il supporte mal l'idée d’être plus longtemps éloigné d'elle (1).

Richelieu reçoit, en même temps, une lettre de Schomberg, datée du jour même de la mort du Connétable, qui l’informait minutieusement et lui permettait de prendre le vent, au moment où il avait à commander, soudain, une manœuvre si difficile. |

Avant tout, il fallait connaître les sentiments du Roi. La reine Marie de Médicis répondit à son fils dans les termes les plus tendres, et elle lui expédia aussitôt un homme en qui elle et l'évêque de Lucon avaient toute confiance et qui était leur intermédiaire habituel auprès du Roï, Marillac. Celui-ci trouve, à son arrivée, toute la cour en ébullition. Il prend, pour la reine, un crayon vivant de tout ce quise passe. Il montre la cour surprise, « nayant point encore de forme », l’abattement des amis de Luynes, la joie de ses adversaires, l'anxiété de tous ceux qui approchent le Roï et qui suivent son regard pour essayer de deviner la faveur du lendemain ou pour escompter du moins «le cours du marché (2) ».

Quant à la reine, elle a toute raison d’espérer. Le Roi à recu avec un empressement particulier l’homme qu’elle envoyait près de lui. Il à écouté avec attention les plaintes discrètes que, selon ses instructions, Marillac avait formulées au sujet de la conduite du défunt Connétable. Lui, si taciturne, il s'était ouvert. « Il me répondit en sorte qu'il témoigna trouver bonne la liberté avec laquelle j'avois osé lui parler du passé avec modestie, blâma le procédé du mort et se montra obligé à la

(1) Correspondance (t. VII, p. 936). — Voir l'Histoire de Louis XIIT du Père GRIFFET (t. I, p. 326).

(2) Ces lettres de Marillac sont conservées aux Affaires Etrangères. Mémoires et Documents, France, vol. 775.

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