‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 434 sur 479 · LES MINISTRES · texte numérisé non relu

LES MINISTRES

longanimité de la Reine et à son respect »; il dit « quela pa-

tience étoit sur le point de lui échapper ». Pour l'avenir, ül déclara « que le désir de la reine mère étoit accompli, que Jjamais il ne tâteroit plus de favori ni de connétable, qu'il agiroit par lui-même sur toutes les affaires de son État, comme il faisoit à cette heure ». Enfin, le Roi ajouta, dans une effusion bien rare chez lui : « Que jamais il n’avoit pu douter que ia Reine ne l’aimât, qu'il la supplioit de continuer : qu'il avoit grand désir de la voir, que pour cela comme pour les affaires qui l'y appelaient, il se rendoit à Paris. »

Il se sentait bien seul, en effet. Il avait besoin d'appui, de conseil, de direction, d'affection. Tout lui manquait à la fois. Sa méfiance était mise en éveil par les ambitions qui s’agitaient autour delui. Cependant, dans sa pensée, les arrangements durables étaient reportés jusqu'à sa rentrée à Paris.

Quelle situation pour Richelieu! Quel revirement soudam!.

Que de méditations sur la conduite à suivre et sur celle qu'il convenait de conseiller à la reine ! On écrivit, tout d’abord, au Roi, une lettre dont les termes étaient pesés et où on abondait dans ses vues. La reine lui conseillait fortement d'agir désormais par lui-même, avec un bon conseil ; de ne partager son autorité avec qui que ce fût. La reine ajoutait qu’elle-même n'y prétendait nulle part, ne demandant que l'affection et la confiance; elle déclarait son intention de se prêter uniquement à l'exécution de toutes les volontés du Roi. Et un mot, elle ne voulait être, auprès du fils, rien autre chose que la mère : c’eût été reprendre, par la voie la plus naturelle, la plus douce et la plus forte 1nfluence. |

Mais la cour, remise du premier choc, veillait. Louis XII était entouré d’un réseau d’ambitions très attentives. Autour de Jui, les mailles se renouèrent promptement. Pour le travail des affaires courantes, il y avait, nécessairement, des gens ayant accès auprès du Roi : les ministres, les secrétaires d'État. Par la nature même de leurs fonctions, c'étaient des gens de procédure couverte, mais patiente, toujours en garde et toujours aux aguets. Les circonstances leur étaient propices. Ils ne laissèrent pas

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