‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 442 sur 479 · SIÈGE DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

SIÈGE DE MONTPELLIER

battaient sur le rempart. Plusieurs assauts, imprudemment livrés, avaient été repoussés. Condé, qui les avait conseillés, était désemparé. Bassompierre y avait compromis sa réputation militaire auprès du Roï. On pouvait craindre un nouvel échec, et bien plus grave, cette fois, car il eût détruit l'effet d’une si brillante campagne.

Le Roi fut trop heureux d'entendre aux ouvertures de paix qui, dans ces circonstances critiques, lui furent faites de la part du duc de Rohan; celui-ci se sentait, de son propre aveu, à bout de ressources. Il eut recours au vieux Lesdiguières qui, depuis quelques semaines, s'était converti et que le Roi, pour aider à la conversion, avait nommé connétable. L'expérience de celui-ci et son autorité tirèrent d’embarras le Roi et le royaume.

Si la paix de Montpellier n’abattait pas encore le parti protestant, elle lui portait un coup terrible. Seules, la Rochelle et Montauban restaient places de sûreté. Le roi entrait dans Montpellier comme s'il eût reçu la ville à composition (1).

Pourtant, une fois encore, il traitait avec ses sujets. Le prince de Condé s’éleva fortement contre cette transaction. La paix se fit malgré lui et contre lui. Dès qu'il vit les négociations défimitivement engagées, par un coup de tête, il quitta la cour, le 9 octobre, et s’en alla en Italie, à Notre-Dame de Lorette. Il ne pouvait choisir plus mal son temps pour faire ses dévotions (2).

En effet, dès qu'il fut parti, la cabale adverse monta aux nues.

Tout le monde était à la paix; on ne le considérait plus que comme

un boute-feu. La reine mère qui, de Nantes, s'était rendue aux

eaux de Pougues, où elle avait passé l'été, revenait vers la Cour

toute fraiche et ragaillardie (3).

Les articles de 1& paix furent arrêtés le 9 octobre. Le 18 octobre,

(1) V. Harangque faicte au Roy au camp devant Montpellier, par les députés de toutes les Églises réformées de France et de Béarn, avec les articles du trailé. Bibl. de l’Arsenal, fonds Conrart (n°* 177-178). — Cfr. Mémoires de Ronan (p. 191).

(2 Voir le curieux et rarissime petit ouvrage : T'oyage de Monsieur le prince de Condé en Italie, Paris, Olivier de Varenne, 1666, in-12 : « M. le Prince avec la permission du Roy, partit du camp devant Montpellier le dimanche neuvième jour d'octobre mil six cent vingt-deux, alla coucher à Aïigues-Mortes.. » (p. 1).

(3) Correspondance (t. I, p. 710).

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