‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 45 sur 479 · VIE INTIME DE LA RÉGENTE · texte numérisé non relu

VIE INTIME DE LA RÉGENTE

fois tenoit un grand conseil jusqu’à trois heures. Elle se renfermoit ensuite quelque temps et enfin tenoit sa cour jusqu’à sept heures. Mais, depuis qu’on avoit donné le bonsoir, qui étoit ordinairement sur les sept ou huit heures, il se tenoit une autre cour plus particulière et où il ne se trouvoit que des personnes principales et agréables : pour les femmes, la princesse de Conti, M®° de Guise, la maréchale de La Châtre et quelques autres; pour les hommes : MM. de Guise, de Joinville, l’archevèque de Reims

et le chevalier de Guise, M. Le Grand, MM. de Créquy, de Gram-

mont, de La Rochefoucauld, de Bassompierre, de Saint-Luc, de Termes, de Schomberg, de Rambouillet, le colonel d'Ornane, de Richelieu frère ainé de l’évèque de Luçon, tous fort considérables par l’esprit et la condition... et cela duroïit jusque sur les dix heures, après quoi elle se retiroit pour un peu de temps dans son petit cabinet et puis alloït souper. Après que la reine avoit soupé, tous les principaux officiers qui s’y trouvoient ordinairement se retiroient et la signora Conchine, qui ne la voyoit guère qu'à son lever, quand elle s’enfermoit l’après-dinée et à cette heure-là, arrivoit et demeuroit assez souvent une heure et deux heures avec elle, sans lui parler d’affaires d’État; et tant que la régence dura (c’est-à-dire jusqu’en 1614), ni son mari, ni elle, ne s’en mélèrent presque point, mais seulement de leurs intérêts et de ceux de leurs amis... Quant au signor Conchine, il ne parloit à la reine, ni même ne la voyoit qu'aux heures publiques et qui étoient aussi pour tous les autres de sa maison (1). »

Malgré cette modération apparente, les heures d'intimité de Léonora avec la reine n’en étaient pas moins fructueuses. Quelques mois après la mort du roi, en septembre 1610, Concini recut, en

une seule journée, trois cent trente mille livres pour acheter le.

marquisat d'Ancre, en Picardie, soixante mille écus pour la charge de premier gentilhomme de la chambre, qu'avait M. de Bouillon, et environ deux cent mille francs pour le gouvernement de Péronne, Montdidier et Roye, qu'avait M. de Créquy (2). Et ce ne fut

(1) Mémoires de FoNTENAY-MAREUIL, Éd. Michaud et Poujoulat (p. 34).

(2) FonTENAY-MaREUIL (p. 43) et MALHERBE, Correspondance (t. III, p. 207). — ZELLER (p. 53). :

Page 1