FORTUNE DE CONCINI
qu’un commencement. Les deux époux obtinrent, l'un et l'autre, des dons sans cesse renouvelés, en or, en bijoux, en meubles, en argent comptant. Leur fortune personnelle monta, en quelques ‘années, à une somme de près de neuf millions de livres, c'est-àdire, en multipliant seulement par cinq — d'après les calculs de M. d’Avenel, on pourrait multiplier par six, — environ cinquantequatre millions de notre monnaie (1). Comment s'expliquer cette faveur qui alla toujours croissant jusqu’à la catastrophe finale?
Il est superflu de rappeler que la. malignité des pamphlets contemporains et la crédulité toujours un peu prompte de l'histoire anecdotique se sont exercées aux dépens des relations si intimes qui existaient entre Marie de Médicis et Concini. En ces matières, l'affirmation est aisée, la vérification difficile. Le papier des billets doux est le plus rare et le plus fragile des documents d’archives.
Nous connaissons Marie de Médicis par des portraits nombreux, par les confidences de ses intimes, par les critiques de ses adversaires : cette épaisse femme blonde, avec ses maxillaires carrés, sa figure empâtée, ses lèvres boudeuses, ses yeux inexpressifs, ne parait pas avoir été d’un sang bien riche, n1 bien ardent. Henri IV se plaignait « qu’elle n’était pas caressante » (2); son fils, Louis XIIT, tenait encore d'elle sur ce point. Un contemporain nous a dépeint tout à l'heure cette beauté trainante et lourde, abandonnée en des poses nonchalantes que l'amour lui-même ne devait remuer que difficilement. A première vue, on peut donc penser que, si la reine a cédé, ce n’a dû être que par une sorte de passivité que l’accoutumance a surprise. On sait qu'au début, Concini ne lui
(1) Sur la fortune du maréchal d’Ancre et de sa femme, on trouvera des renseignements précis dans le Journal de BassomPienre, éd. Chantérac (t. II, p. 109); dans la Correspondance des Ambassadeurs Vénitiens (dépêches du 2 mai, du 11 juillet et du 22 août 1617), dans celle du nonce BENTivoGLto (t. I, p. 153, 178, 203, etc.). Ces documents ont été publiés, en extrait, par M. Cousin, dans l’appendice de son livre sur Madame de Chevreuse (p.335). — Voir surtout la très intéressante brochure de M. R. ne CRÈVEcoEuR, Un Document nouveau sur la succession de C'oncini, qui tient compte de la plupart des éléments indiqués ci-dessus et qui, en outre, fait état d'un arrêt inédit du conseil du Roi, du 31 mars 1618, portant saisie de la succession et règlement de la production faite par les divers créanciers.
(2) C'est aussi le mot de Richelieu : « La reine grave de son naturel et peu caressante. » Mémoires (t. I, p. 125).