‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 450 sur 479 · LA GUERRE DE TRENTE ANS · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE TRENTE ANS

sordre avaient tellement dépassé toute mesure qu’on détruisait maintenant pour détruire. Des chefs d'armée qui, au début, s'étaient réclamés de certains principes politiques ou religieux, n'avaient d'autre but que de vivre sur le pays et n'étaient que des chefs de bande.

De tous, Mansfeld était à la fois le plus connu et le plus terrible. Il érigeait la rapacité en système. N'ayant n1 terre, ni famille, ni patrie, personne à ménager et rien à perdre, 1l attirait à lui tous les aventuriers, petits et grands. Il était abominable avec impassibilité. D'autres, comme le duc Christian de Brunswick-Wolfenbuttel, administrateur d'Halberstadt, ou le margrave de Bade-Durlach, quittaient délibérément leurs maisons, leurs familles, leurs biens et « se vouaient au métier de soldats jusqu'à la mort (1) ».

Ces gens se posaient en défenseurs du Palatin ; ne recevant que de rares subsides de l'Angleterre ou de la Hollande, leur plan de campagne consistait, tout simplement, à envahir les régions qui n'avaient pas encore été dévastées. Ils les parcouraient, le fer et la torche à la main, et laissaient Le désert là où ils avaient passé. L’AIlemagne, grasse et riche après des siècles de prospérité, était leur proie. Ils l’'éventraient et faisaient couler la graisse de ses bourgeois à la flamme des incendies. On pillait Les églises, on volait les biens ecclésiastiques, on rançonnait les villes, on saccageait la campagne; on inventait de nouvelles tortures. Il y avait des siècles que l'humanité n’avait vu de pareilles horreurs. On appelait cela une guerre de religion!

Le Palatin, qui s'était réfugié en Angleterre, croyait encore qu'il s'agissait de sa cause. Il vint, pendant quelque temps, prendre le commandement, du moins nominal, de ces smguliers soldats. Mais il eut lui-même honte de ce qui se faisait en son nom; et 1l se réfugia à Sedan, près de son oncle, Bouillon (juillet 1622).

En réalité, il n’y avait d'armée régulière, en Allemagne, que celle de Maximilien de Bavière, conduite par Tilly; celui-ci en-

(1) CHARVERIAT, Histoire de la guerre de Trente Ans (liv. I, chap. 1x et x).

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