LA FRANCE N'INTERVIENT PAS
d'agir. À la cour, tout un parti se prononcait pour l'intervention armée. Le président Jeannin, Lesdiguières, Schomberg, la noblesse, les soldats entouraient le Roi et disaient tout haut : « Sire, en Valteline! » À Rome même, on n'en revenait pas de la pusillanimité des ministres français. Tout le monde sentait que c'était une de ces occasions qui ne se retrouvent pas. « En vérité, nous n'aurlions jamais cru, écrit le cardinal-neveu, que, du côté des Français, on ne sauroit se prévaloir d'aucun des avantages qu'ils ont pour le présent; voilà les Espagnols engagés à fond dans les affaires de Flandre et d'Allemagne; ils ont sur les bras le soulèvement des Grisons qui menacent la Valteline et tiennent forcément occupées les forces de l’État de Milan ; les corsaires d'Afrique unis avec les Hollandais sont prêts à assaillir les côtés de l'Espagne. Ils sont sans argent; ils n’en peuvent plus trouver; ils n'ont aucun crédit. Leur roi a plus de goût pour le plaisir que pour les affaires. Leur gouvernement est mal dirigé et mal obéi... »
Les ministres français ne voulaient rien entendre, et tandis que le sort de l’Europe se décidait autour d'eux, ils continuaient à rédiger des dépèches et à se renfermer, énergiquement, dans l’inaction.
Cependant, la paix de Montpellier était conclue; on ne pouvait plus, maintenant, s'en prendre aux protestants. Allait-on se montrer plus ferme? Les Grisons tenaient bon. Malgré la disproportion des forces, leur résistance, inespérément désespérée, tendait la main, en quelque sorte, à une expédition française. Le Roi remontait le cours du Rhône à la tête de l’armée qui avait fait la campagne du sud-ouest ; il s’approchait de la frontière. IL déclarait son intention d'aller à Grenoble saluer le connétable de Lesdiguières. IL n'avait qu’un ordre à donner pour que l’armée se précipität avec enthousiasme, sous les ordres du vieux connétable, vers ces passages des Alpes qu’il connaissait si bien, et entrât dans le Milanais.
Or, à ce moment même, presque sous les yeux du Roi et de l’armée frémissante, l’archiduc Léopold écrase définitivement les Grisons (sept. 1622). Il leur impose la convention de Lindau qui complète, au profit de l'Autriche, ce que le traité de Milan avait commencé au profit de l'Espagne. « La Basse-Engadine et