PROJET DE LIGUE
huit juridictions étaient détachées de la confédération des Grisons et réunies au Tyrol autrichien; Mayenfeld et Coire devaient être occupées pendant six ans par des garnisons autrichiennes... » Une phrase suffit pour expliquer l'importance de ces deux actes parallèles : « Les forts espagnols dans la Valteline, les garnisons autrichiennes dans tout le pays des Grisons, établissaient, en fait, la communication tant recherchée entre les États espagnols d'Italie, d'Allemagne et des Pays-Bas (1) » !
La mesure était comble.
À cette heure, Rome croit à la guerre. Elle supplie l'Espagne d'être prudente. C’est l'heure où Louis XIIT recoit, à Tarascon, la visite de Richelieu qui vient le remercier du chapeau et qui, probablement, fait entendre quelques conseils plus fermes. Le Roi, qui se rend à Avignon, y rencontre le duc de Savoie,
Charles-Emmanuel, qui, avec l'autorité de l’âge et de l’expé-.
rience, l’avertit qu'il s’agit des intérêts de l’Europe entière prête à se grouper autour de la France, si celle-ci relève le gant.
Un conseil est tenu à Avignon auquel assistent le duc de Savoie, l'ambassadeur de Venise, le connétable, le garde des sceaux, Schomberg, Puisieux et Bullion. Que va-t-il sortir. de ces débats solennels? Rien encore, ou presque rien. Des paroles, des promesses vagues, des menaces conditionnelles. |
Quelque temps après, à Lyon, nouvelle délibération et nouveau conseil. Sous la pression de l’opinion publique, et peut-être sous l'influence de la reine mère qui est maintenant auprès du Roi, on s'avance un peu plus; ilest question d'exiger le dépôt de la Valteline entre les mains du duc de Lorraine; on met sur le tapis un projet de ligue réunissant la France, Venise, la Savoie et les Suisses, pour envoyer dans les Alpes une armée confédérée forte de 45000 hommes. Mais la signature de ce traité est encore ajournée. « La vieillesse des ministres étoit si grande, dit Richelieu, que, appréhendant la longueur des voyages où tels desseins pourroient les embarquer, ils donnèrent des conseils con-
(1) Voir La Valteline ou Mémoires, discours, traités et actes des négociations. Recueil très utile el nécessaire en ce lemps à tous les bons patriotes, Genève, 1631 (p. 248-251).