CHUTE DES SILLERY
Les imaginations travaillent. Bientôt, elles sont fixées. Le soir du jour de l'an, — attention charmante, — le Roi dit x brüle-pourpoint au vieux Sillery de lui rendre les sceaux. Celuici se récrie. Paroles vives. Pour en finir, le Roi ordonne. Les pauvres gens mettent une nuit à se décider et Puisieux rapporte les sceaux, le lendemain matin. Il faut laisser à l’ambassadenr de Venise la responsabilité d'une anccdote bien singulière « Des trois sceaux dont on se sert, dit-il, à savoir de la couronne de France, de la Navarre et du Dauphiné, il se trouvait qu'il manquait celui de France; le Roi le réclame; Puisieux l'avait gardé... On assure que ce manque de mémoire a fortement accru la bourse de Puisieux au moven de sceaux secrets. C'est un procédé de domestique à l’égard du roi son maitre (1). »
Puisieux essaye de se raccrocher aux branches. Il tient bon sous les camouflets. Il se fait petit. Les Sillery, selon que le visage du Roi s'ouvre ou se ferme, se redressent ou s’effondrent. Puisieux eut un moment d'espoir, sinon pour son père, du moins pour lui-mëme. Enfin, le 3 février, le Roi leur envoie son secrétaire, Troncon. leur dire qu'ils aient à se retirer dans leur terre de Champagne : cependant, s'ils le désirent, 1l les entendra. Ils se voient perdus. Le visage du Roï est terrible à ces âmes tremblantes : ils partent. Personne ne les acccompagne; personne ne les plaint (3-5 février 162%).
(1) ZELLER, Ministres (p. 220).
RICHELIEU. — T. Il. 39