RICHELIEU PREMIER MINISTRE
qu'ils y seront. Il émit l'avis que le Roï constituât un Conseil uni, lui demandant de n'entendre aucune plainte en particulier contre tel ou tel ministre; il lui conseilla d'entretenir les grands et de faire caresse à tout le monde. » Il parla de l'autorité qui appartenait naturellement à la reine mère et de la bonne harmonie et familiarité qui devait exister avec la Reine régnante. Il exposa l’état des affaires intérieures et des affaires extérieures : « Le mariage d’Ansleterre est en mauvais termes par la faute de La Vieuville; l'affaire de la Valteline a été conduite avec tant d’extravagance et de contrariétés quil est à craindre que vous y perdiez votre réputation et vos finances. Sire, il faut vous gouverner de telle sorte que tout le monde reconnaisse que Votre Majesté pense elle-même à ses affaires comme il est à désirer (1). »
Le trait final faisait appel à l'honneur du Roi.
Le Roi répondit brièvement. Il approuva ce que le cardimal avait dit. Il se plaignit de ses anciens ministres, même de Luynes, mais surtout de Puisieux et de La Vieuville. IL dit ensuite que, désormais, il verrait ses affaires avec plaisir puisqu'elles seraient conduites avec ordre; et il chargea, par ces mots, le cardinal d’en prendre la direction.
C'était un contrat solennel, devant le Conseil attentif. Le jour même, 143 août 162%, « jour d’éternelle mémoire », le cardinal de Richelieu devenait premier ministre (2).
L'ambassadeur vénitien, annonçant la nouvelle à son gouvernement, écrit : « Autant qu'il est possible de prévoir humainement l'avenir, ce nouvel édifice ne s’écroulera pas aussi facilement que les autres. »
(1) Mémoires de RiCHELIEU (t. I, p. 303).
(2) La lettre par laquelle le Roi fait part, officiellement, au parlement et aux autorités du royaume de la disgrâce de La Vieuville et de l'établissement d’un nouveau Conseil est datée du 13 août, de Saint-Germain en Laye, contre-signée Loménie. Elle est publiée notamment dans Correspondance (t. IH, p. 25).