RICHELIEU PREMIER MINISTRE. HS
ce fascinateur qui l’enveloppait de si longs et si sages discours : il n'avait plus qu'une envie : en finir au plus vite, et partir pour la chasse.
Richelieu était trop ami de La Vieuville pour .ne pas l’avertir sous main. D'ailleurs, celui-ci avait remarqué les longs entretiens du Roi et de sa mère; il n’avait pas besoin de ces confidences pour être perdu d'inquiétude. Il se jette dans la gueule du loup. IL va voir le cardinal qui, selon ses propres paroles, « sachant bien taire la vérité, mais non la violer, ne put jamais lui répondre avec telles précautions qu'il n’odorât quelque chose de ce qui devoit lui arriver ».
La Vieuville alla porter sa tête. Il se rendit à Ruel où le Roi était en visite près de la reine sa mère; il dit au Roi « qu'il connoissoit bien qu’il ne vouloit plus se servir de lui ». Le Roi se tut; La Vieuville reprit quelque espoir et demanda au Roi de l’autoriser à venir le lendemain auprès de lui à Saint-Germain. Le Roi le lui permit.
Il arrive le lendemain matin. !l entre. Le Roi lui dit qu'il est démissionnaire, écoute ses plaintes un instant, puis le fait sortir. Dans la cour du château, La Vieuville voit s’avancer vers lui M. de Tresmes, capitaine des gardes du corps, qui lui dit quelques mots et le pousse dans le petit carrosse de Sa Majesté : accompagné d'un certain nombre d’archers, il est conduit au galop jusqu’à Amboise (1).
Le Roi réunit aussitôt son Conseil. Il exposa le parti auquel il s'était arrôté et déclara, en s'adressant au cardinal de Richelieu, qu'il entendait reconstituer le Conseil.
Si on en croit le cardinal, il prononca un discours très étudié, où il développait au Roi tout un programme de gouvernement. Il approuva grandement la mesure prise à l'égard de La Vie uville : « Si Votre Majesté faisoit encore un choix pareil à celui-là, vos affaires seroient perdues en sorte qu'il seroit impossible de les remettre jamais sur pied... La mémoire de ses fautes s'oubliera , mais les actions de ceux qui entreront à sa place dureront autant
(1) Mémoires de RicHELIEU (t. 1, p. 300) el ZELLER, Ministres (p. 280 et suiv.).