LES VIEUX MINISTRES
de Henri IV, il s'enferma dans la Bastille, comme s’il se préparait à soutenir un siège. Il ne vint voir la reine que lorsque ses inquiétudes personnelles furent un peu apaisées. L'intérêt de l'État et les sentiments qu'il devait éprouver pour le fils de son « bon maitre » n'apparurent pas dans cette circonstance; cet excès de prudence donna prise à ses adversaires. Se sentant attaqué, il précipita sa disgrâce en ne manquant aucune occasion de la prédire et de quereller ceux que sa mauvaise humeur en rendait d'avance responsables. Sa chute n’en fut pas moins une grande perte aux yeux de tout ce qui mettait le salut de la France dans la continuation de la politique du feu roi. |
Après Sully, le plus autorisé des ministres de Henri IV était Villeroy. Il fut le véritable chef du nouveau gouvernement. Entré aux affaires, à l’âge de vingt ans, sous Charles IX, ministre de Henri IT, puis écarté par une révolution de cour et un moment ligueur, il avait contribué, plus que personne, à la pacification du royaume, par une adhésion éclatante et sincère à la politique et à la personne de Henri IV. Celui-ci l'avait réintégré dans ses fonctions et lui avait confié la conduite des affaires du dehors. Les contemporains ne tarissent pas sur ses mérites. Brantôme l'appelle, d'une expression magnifique, « le très grand et le non-pareil de la chrétienté pour les affaires de l'État, M. de Villeroy ». — « M. de Villeroy, dit l'ambassadeur vénitien, surpasse en mérite tous les ministres du roi : c’est un esprit vaste; il a une inclination et une aptitude uniques à pénétrer le secret des autres cours; il les connait à fond. Voilà quarante ans qu'il exerce la charge de secrétaire d'État. Il l’a remplie sous quatre rois. Ses mérites lui assurent
l'estime et la confiance de Sa Majesté, quoique, cependant, il ait
compté parmi ses ennemis. Aujourd'hui aux affaires d'État, il est digne de toute confiance. Il n’a peut-être pas 30,000 écus de rente en tout et pour tout, et il supporte les dépenses très lourdes de sa charge... Il est âgé de soixante-six ans environ (ceci est écrit en 1605); de complexion délicate et toujours souffrant, il serait mort depuis longtemps s’il ne s'était soumis à un régime très ponctuel et très minutieusement observé (1). Cet homme de cabinet, ce
(1) Relation de Pierro Duono (t. I, p. 231).