AMBITION DU MARÉCHAL D’ANCRE
chute profonde des favoris italiens entraina la plupart de ceux qui
avaient escompté leur crédit.
Jusqu'aux premiers mois de l’année 1615, Concini ne s'était guère appliqué sérieusement qu'à accroitre sa fortune particulière. Mais elle était devenue peu à peu si considérable que, pour se maintenir ou pour grandir encore, elle devait dominer l'État. Le roi touchait à sa majorité. L'entourage de Marie de Médicis cherchait les moyens de prolonger, le plus longtemps possible, l'autorité effective de la reine mère. Chacun prenait ses positions en vue d’un lendemain que l’on envisageait comme durable. Concini paraissait si solidement établi qu’on commençait à le respecter : « Son esprit, sa nourriture et plusieurs autres qualités — dit un
homme, qui n’est pourtant pas suspect de servilisme, Rohan — le
font juger digne de grandes faveurs et même font désirer qu'il se.
naturalise parmi nous et y établisse une grande maison, ce qui
ne peut qu'être honorable à notre nation (1). » Le monde politique,
où les espérances et les ambitions sont toujours en mouvement, a pour loi de passer outre au fait accompli. Le vieux Villeroy lui-
même avait cru faire un coup de maitre en négociant le mariage
de son petit-fils avec la fille du Florentin.
Élevé si haut, Concini voulait monter plus haut encore. Il entrait dans la période de folie présomptueuse qui termine généralement la carrière de ces aventuriers : il disait « qu'il voulait savoir jusqu’où la fortune pouvait porter un homme ». Il travaillait à s’assurer une situation personnelle, indépendante, au besoin, de la faveur de la reine et mème de l'autorité du roi. On voit cette préoccupation se dessiner à partir de l’année 1614. Il attire, par des générosités habilement répandues, de jeunes gentilshommes ambiüeux et avides (2); 1l s'assure une garde composée d'Italiens et de Suisses entièrement dévoués à sa personne. Nommé maréchal de France à la mort de Fervacques, il acquiert ainsi un titre qui
(1) Mémoires de Ronan, édit. 1646, in 4°, Discours (p. 268).
(2) les payait, mais n'avait pour eux que du mépris : « Il était libéral et magnifique et il appeloit assez plaisamment ses gentilshommes suivants : Coglioni di mila franchi. C'étoient leurs appointements ». TALLEMANT (I, p. 132)
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