LUTTE ENTRE LES MINISTRES ET LE FAVORT
lui permet de s’entourer d’un appareil militaire. Enfin, guidé par les conseils d’un homme expérimenté et énergique, le baron de Lux, il comprend qu'il n’y à de force, en France, que pour celui qui peut disposer d’une grande situation territoriale (1). Aussi ne songe-t-il plus qu’à s'assurer le gouvernement d’une province frontière, de facon à pouvoir, en cas d'accident, s'appuyer sur l'étranger. Tantôt il jette les yeux sur la Bourgogne, d’autres fois sur Sedan ; enfin il se décide pour la Picardie. Déjà il disposait de plusieurs places fortes dans cette région. En obtenant le gouvernement de la province, il était admirablement placé, entre la Belgique espagnole et Paris, soit pour menacer la capitale, soit pour s'assurer un asile en cas d'échec (2).
Le gouverneur de la Picardie était alors un jeune homme, de grande famille, borné et opiniâtre, le duc de Longueville. Concini lui fit faire des ouvertures en vue d'échanger le gouvernement de sa province contre un autre que l’on considérait comme plus avantageux, celui de Normandie. Il eut l'idée singulière de charger Villeroy de la négociation. Le ministre comprit tout le danger des projets de Concini, et s’arrangea de facon à faire échouer la combinaison. Le favori, furieux, jura la perte de Villeroy. C’est ainsi que, peu à peu, il en venait à se mêler directement aux affaires de l’État. Il ne pouvait encore avoir la prétention de les conduire Iui-même. Il profita des dissentiments qui existaient entre les « barbons », pour les détruire l’un par l’autre. Nous sommes en décembre 1614; le chancelier de Sillery avait vu son influence s’accroître, en raison des services qu'il avait rendus pendant la session des États. Il avait une nombreuse famille à caser; il s’unit au favori. Villeroy, se sentant menacé, fit une fausse sortie : 1l se retira dans une de ses terres, à Conflans. Il pensait qu'on ne pouvait se passer de lui « et voulait se faire
prier (3) ».
(t) Sur le rôle du baron de Lux et sur les habiles libéralités de Concini, voir FONTENAY- MarEeuIL (p. 63-66).
(2) Voir MALHERBE ((. III, p. 457-59.) — Journal d’ARNAULD D'ANDILLY, passim, et notamment p. 16-18. — Levassor, Histoire de Louis XIII (t. I, p. 391-392). — Mémoires de PONTCHARTRAIN, édit. in-12 (t. I, p. 180).
(3) ConTarint {vol. 1767, fo 246).