‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 66 sur 479 · PAIX DE LOUDUN · texte numérisé non relu

PAIX DE LOUDUN

avec les princes. La reine en avait eu vent et elle couvait, en silence, le projet de se débarrasser de lui et de toute sa séquelle. D'Épernon, dépité et malade, restait à bouder dans sa province. Guise n'avait jamais été qu'un nom et une figure. En somme, il ne restait plus personne debout de l’ancien gouvernement. Tel était Le résultat de ce voyage et l’œuvre de cette astucieuse Léonora que de Thou, narrateur classique de ces intrigues, accable du surnom de « Canidie ». Elle avait mis à profit l'absence de son mari pour élever à celui-ci un piédestal sur lequel la fatuité de l'Italien n'avait qu'à se dresser (1).

Elle n'était pas seule pour cette tâche. Dès cette époque, elle est entourée d’un groupe d'hommes nouveaux qui la dirigent ostensiblement. On le voit bien à un détail qui marqua l’issue de la conférence de Loudun. Les négociations trainaient, à l’occasion d'une demande des princes, visant directement le maréchal d'Ancre. Condé, qui avait jeté par-dessus bord nombre de ses amis, n’en avait pu faire autant de Longueville. Celui-ci, homme

obstiné, avait déclaré qu'il ne ferait sa paix qu’à la condition que

la question des places de Picardie fût réglée en sa faveur. On eut beau lui offrir les compensations les plus brillantes; ses amis eurent beau insister et prendre la peine de lui dévoiler ses véri-

tables intérèts; 11 dit et répéta qu'il y allait de son honneur, qu'il

ne voulait pas manquer à ses chers Picards, et il se buta.

Que devait faire le maréchal d’Ancre? On crut qu’il allait tenir bon de son côté. Maitre de l'esprit de la reine, fort de la lassitude générale, il l'eût emporté. Mais Léonora quitta la cour en toute hâte. Elle accourut à Paris, fit venir son époux et lui conseilla un habile désintéressement. Par là, elle mettait la dernière main à l’œuvre de captation entreprise depuis si longtemps. La reine mère se montra à la fois touchée et furieuse de l'étendue du sacrifice. Elle s'irrita contre les princes qui, en se montrant si cruellement exigeants, la frappaient dans ses plus chères affections et contre les ministres qui l’acculaient à des concessions humiliantes. Concini adressa à la reine une belle lettre rendue publique où il n'était

(1) Je suis surtout, pour cette période, les récits de ne Tuou(t. X, 607), de Ponr- CHARTRAIN et de RICHELIEU. É

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