LA COUR EN POITOU
ce fut maquerellage d'être ambassadeur du roi Henri IV vers la marquise (de Verneuil), ou de vous entremettre entre lui et M**° de Moret au temps de ses plus fortes passions... Quoi qu'il en soit, l'opinion que l’on a de votre esprit et les charges dont il a plu à la reine m'honorer me défendent d’entreprendre aucune sorte de commerce avec vous, ni de vous en donner avec M. des Roches; mais, usant de charité avec vous, comme j'ai toujours fait, et connaissant que l'humeur peccante qui vous dominait lorsque vous étiez ici abonde encore par trop en vous, je vous conseille de prendre une dose d’ellébore et d’user quelque espace de temps de lait clair pour tempérer cette grande chaleur et rabattre les vapeurs que vos viscères vous envoient au cerveau. » La raillerie est vraiment charmante, et le correspondant de Richelieu devait en goûter tout le sel (1). |
La cour cependant s’acheminait vers Bordeaux. Elle venait d’ellemème au-devant de l’évèque volontairement confiné dans sa province. Il boude encore; il attend l'effet de certaines « promesses », auxquelles il devait faire allusion un peu plus tard quand elles furent réalisées. Cependant, il se décide à quitter son prieuré de Coussay et à venir saluer le roi et la reine, quand ils passent tout près de lui, à Poitiers. C’estlà, probablement, vers la mi-septembre 1615, qu'il reçut de la reine mère des paroles décisives pour la charge d'aumônier de la future reine. La cour avait été obligée de s’arrêter assez longtemps dans cette ville, en raison d’une légère maladie survenue à la jeune princesse qui allait vers la frontière pour devenir la femme de l'infant. Le roi et la reine prirent même les devants et laissèrent la convalescente à Poitiers. C’est Richelieu qui donne à la reine mère des nouvelles de sa fille, et il le fait dans des termes qui témoignent d’une certaine intimité dans la famille royale (2).
Mais 1l n'accompagne pas la cour à Bordeaux, et aussitôt qu’elle
(1) Correspondance (t. 1, p. 137). |
(2) La lettre du t. I, p. 148, est, à tort, datée de juillet, par M. AvenEL; elle est du milieu de septembre, ainsi que l'indique la mention de la maladie de Madame. — « Madame retomba malade, à Poitiers, d’un flux de sang. » Cfr. Journal d’ARNAULD D'ANDILLY, 14 septembre (p. 116); RICHELIEU lui-même, dit : « Le 27 novembre, Madame eut la petite vérole, à Poitiers. » Mémoires (t. I, p. 102).