ENFANCE DE LOUIS XIII
Il ne ressemblait pas au défunt. Quoique bien fait de corps, 1l n'avait, de son père, ni la figure ni le regard. Hier encore enfant admirable et sain, l'adolescence dans laquelle il entrait l’assombrissait et l'alourdissait. Les joues mates et molles, l’œil terne, la mâchoire inférieure proéminente, — le « museau » épais des Médicis, — ne rappelaient en rien la promptitude et la vivacité du sang des Bourbons (1). Ceux qui, dans cette foule, avaient des attaches à la cour disaient qu’il était paresseux, fantasque, inhabile aux lettres, le plus souvent sombre et mélancolique. Il aimait les arts mécaniques, la musique, les inventions, les exercices du corps, les choses de la guerre; il montait bien à cheval; il adorait la chasse, notamment la chasse à l'oiseau, et, dans son château de Saint-Germain, les oiseliers et les dresseurs de pies-grièches étaient ses premiers favoris.
Au physique comme au moral, il avait été mal élevé. Purgé et saigné outre mesure, flatté et violenté, caressé tour à tour et abandonné, entouré d'un harem de domestiques, qui ne savaient qu'inventer pour le distraire ou le corrompre, changeant à tout instant de précepteurs, il avait été gâté et, si nous en croyons Saint-Simon, volontairement perverti de bonne heure. Par un odieux calcul, les Italiens de l'entourage de Marie de Médicis auraient altéré sa santé, diminué son intelligence et affaibli sa volonté. On n'avait guère laissé se développer en lui que l’orgueil, mais un orgueil qui se changeait, trop souvent, en une froide et taciturne timidité.
Il avait pourtant de l'honnêteté, du courage, du bon sens; souvent même, il lui venait des reparties heureuses et qui faisaient penser à son père. Il était sensible et droit. On l’avait, à sa naissance, appelé le Juste, parce qu'il était né sous le signe de la Balance. Il eût mérité ce nom s'il eût été laissé à lui-même, si l’on
par M. Hazruen, et de la Leltre de De Tuou sur la conférence de Loudun (t. X, de l'édition française de l'Histoire universelle).
(1) Cette même construction de la mâchoire inférieure qui rattache Louis XIIL à ses ancêtres italiens, est très caractéristique dans les nombreux portraits des Médicis que nous à laissés l'art italien. Voir notamment ceux qui sont réunis dans l'ouvrage de M. Euc. Münrz, Histoire de l'art pendant la Renaissance, et ce qu'il dit (t. I, OBS YÈE