‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 83 sur 479 · CHUTE DE SILLERY · texte numérisé non relu

CHUTE DE SILLERY

au maréchal d’Ancre à l’occasion des villes picardes l'avaient tou-

chée au cœur. Elle avait soupconné une connivence entre ses ministres et les princes. Dans le trouble des esprits et des consciences, ces arrangements étaient habituels.

D'ailleurs, l'attention de la reine était tenue en éveil par des hommes qui lui donnaient des conseils tout différents. Dolé, il est vrai, venait de mourir; mais Barbin l'avait remplacé dans la

confiance de la reine et des Concint. On commenca par exécuter

Sillery. La chute du pauvre homme fut lamentable. Ayant appris qu'on faisait venir, de Provence, Du Vair qu’on lui donnait pour successeur, il avait demandé quelque répit; mais il dut obéir et remettre les sceaux au roi, en présence de la reine, à Tours, le 28 avril. « Il entra si étonné et si tremblant qu'il fut contraint de s'appuyer sur M!° Catherine, femme de chambre de la reine; il se mit à genoux, pleura et fit, en somme, toutes les actions qui peuvent témoigner un extrême défaut de résolution (1). » On le remplaca par ce fameux Du Vair, foudre d’éloquence, grande vertu, grande barbe, et capacité médiocre, qui réservait à ses protecteurs actuels de promptes désillusions. Pour les autres minis‘res, on attendit encore. Richelieu, qui était aux écoutes, écrit : « L’éloignement du président Jeannin et de M. Villeroy était déjà aussi résolu, mais ce dessein n'’éclatait pas encore, Barbin, à qui la reine avait donné la charge du premier, ayant cru devoir différer de la recevoir jusqu'à ce que Leurs Majestés fussent de retour Paris et la paix bien assurée (2). »

Cette période d'incertitude, imposée par la prudence et le sangfroid de Barbin, dut paraître bien longue à l’évêque de Lucon. La cour s’éloignait lentement des provinces de l'Ouest. Léonora Galigaï était, depuis plusieurs semaines déjà, rentrée à Paris. Luçon n'y tint plus : quoique malade encore, il quitta Coussay et vint à son tour s'installer à Paris, en son domicile de la rue des Mauvaises-Paroles, qu'il avait fait aménager pendant son absence pour une installation définitive (3).

(1) Cfr. Journal d'Héroanrp (1° mai), et Journal d'ARNAULD D'ANDILLY (p. 161). : (2) Mémoires de Ricuezreu (t. I, p. 109).

(3) La rue des Mauvaises-Paroles est mentionnée dans la Correspondance. Cette rue

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