‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 87 sur 479 · ADOLESCENCE DE LOUIS XII · texte numérisé non relu

ADOLESCENCE DE LOUIS XII

jour, il perdit quelque chose de son respect et de sa déférence. Il grandissait. L'enfant taciturne devenait un adolescent dissimulé et froid.

Pourtant, on avait, avec une application soutenue, écarté de lui tout ce qui pouvait l'inciter à exercer prématurément son métier de roi. Saint-Simon, écho des souvenirs de son père, traduit en quelques lignes, peut-être un peu trop énergiques, l'impression que cette éducation avait laissée à Louis XIII lui-même : «Il fallait, à cette régente, un fils qui n'eût que le nom de roi et dont la majorité ne troublât point la puissance de ses favoris. Aussi fut-il élevé avec les précautions les plus convenables à remplir leurs vues et conséquemment les plus nuisibles au prince. On le laissa croupir dans l'oisiveté, dans l’inutilité et dans une ignorance si parfaite de tout, qu'il s’est souvent plaint à mon père, dans la suite, en parlant de son éducation, qu'on ne lui avait mème pas appris à lire. On eut soin d’écarter toute cour de lui. C'était un crime si connu et si redouté d'approcher seulement de son appartement, qu’il ne s’y voyait que quelques valets bien choisis par ceux de sa mère et qu’on changeait dès l'instant que les inquiétudes de ceux qui gouvernaient la reine prenaient le plus léger ombrage (1). »

Comme gouverneur et comme précepteur, le roi avait eu, en

quelques années, le maréchal de Souvré, vieux soldat loyal et droit, mais qui parait avoir été de peu de moyens et d'influence médiocre; un poète bel esprit, Vauquelin des Yveteaux, renvoyé de bonne heure; un vieil helléniste qui lui faisait expliquer l’Institution de l’empereur Basile, et un autre savant modeste, M. Fleurance. Tout ce monde avait recu un seul mot d'ordre : laisser le jeune roi s abandonner à des divertissements qui prenaient tout son temps.

Sa principale occupation était la chasse. Il chassait le lundi, le mercredi et le samedi; « et s’il n’y avait point d’empêchements importants, il chassait aussi les autres jours », dit naïvement le

(1) Parallèle entre les trois premiers rois Bourbons, publié par P. FAucÈRE; Hachette, in-8° (p. 8). — TaLLEmAnNT dit que Marie de Médicis n'avait pas embrassé son fils une seule fois pendant toute la Régence. — Voir, en sens contraire, ZELLER, d’après les ambassadeurs florentins, Minorilé de Louis XIII (p. 126-130). — Cfr. David Rivault de Fleurance et les autres précepteurs de Louis XIII, par l'abbé Anis; Picard, 1893.

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