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HISTOIRE DU CA.RDINAL PITRA

qu*est due la béatification du Vénérable de La Salle. A l'occasion des fêtes qui eurent Heu en février et avril 1888à Saint-Louis-des-Français, il accepta malgré ses infirmités et son mauvais état de santé, de présider une des cérémonies du triduum^ et la fatigue extrême qu'il en ressentit accéléra sans doute la marche de la maladie qui l'enleva (1).

Comme il est naturel, ce fut l'ordre bénédictin et la congrégation dont il était membre qui devaient, avant tous les autres, bénéficier de son influence. Il était de fait leur protecteur avant de l'être officiellement. Après la mort du cardinal Antonelli et sur la demande de l'abbé de Solesmes, dom Charles Couturier, il hérita du titre pour les Bénédictins de la congrégation de France, le 3 février 1877; c'était une dérogation à la coutume, car en général le cardinalprotecteur n'est pas pris dans la même famille religieuse. Mais on ne peut s'empêcher de remarquer que cette exception était heureuse et qu'elle fut féconde en bons résultats. Élevé à la grande école de dom Guéranger, le cardinal Pitra avait appris auprès de lui à connaître la tradition monastique, et les principes qui doivent présider au développement de la vie bénédictine. Il eut plus d'une fois à défendre ces notions.

Nous avons déjà parlé des services qu'il rendit à sa famille religieuse jusqu'à la fin du pontificat de Pie IX. Le * successeur de ce pontife, dès les premiers jours de son règne, témoigna une grande bienveillance à l'ordre bénédictin. Dans une audience du 30 juillet 1878, le cardinal Pitra lui ayant fait hommage d'un exemplaire des principaux ouvrages composés à Solesmes, le Saint-Père voulut bien s'exprimer avec éloge sur l'œuvre théologique et scientifique de la congrégation française. « Cher cardinal, lui dit-il au cours de l'entretien sur un ton de voix grave et presque solennel, il me semble souvent entendre une

(1) Béatification du Vénérable J.-B. de La Salle, 5 vol. in-8o, Paris, à la Procure générale des Frères, 1888-4889; tome II, p 90 et Lettre du cardinal Pitra à dom Couturier, 1er mars 1888.

voix de Dieu qui me dit : Songe aux ordres religieux I ils ont reçu la vie de l'Église, l'Église peut et doit la leur rendre. Plus les temps sont mauvais, plus il faut leur tendre la main à tous, aux anciens comme aux nouveaux, tous sont nécessaires au nord comme au midi, en orient comme en occident. Je dois penser même à ces vieux Basiliens dont vous aviez à vous occuper hier à la Propagande ; et là, que de souffrance, que de plaies profondes! Quant à l'Ordre de saint Benoît, la sève n'est pas épuisée dans ce vieux tronc, vous le prouvez » (1).

Le cardinal Pitra a rapporté un autre enlretien daRS lequel Léon XIII lui disait : « Je songe souvent à ce grand ordre. Après tant de services, il peut encore en rendre de très grands. C'est l'ordre qui partout a le plus de prestige. Je l'ai remarqué partout jusqu'en Orient. La grande église des catholiques à Constantinople est toujours celle de Saint-Benoît. J'ai surtout besoin de vous en Grèce. Des moines noirs de l'ancien ordre et des moines savants feraient tomber toutes les barrières ; tout semble s'ébranler pour préparer ce mouvement. » Le Pape parlait aussi de son dessein de fonder un grand monastère pour préparer des ouvriers à cette œuvre (2). Dans une autre audience le Saint Père exprimant le même désir ajoutait : <c Voici que je reçois une lettre d'un vieil évéque qui nous est inconnu. Il demande qu'on lui envoie des moines noirs et déclare qu'il n'y a rien à faire en tout l'orient, tant qu'on n'y enverra pas les moines do Saint- Benoît (3). »

Nous osons à peine nous associer à ces espérances du chef de l'église ; il nous plaît cependant de les rapporter comme un témoignage de confiance dont un ordre religieux aie droit d'être fier.

Pour joindre l'exemple à la parole, Léon XIII s'eff'orçait de reconstituer à Rome le collège bénédictin de Saint-

(1) Lettre du cardinal Pitra à dom Couturier, 30 juillet 1878.

(2) Lettre à dom Couturier, 8 novembre 4883.

(3) Lettre à madame l'Abbesse de Sainte-Cécile, 31 décembre 1884.

Anselme, sous la direction du révérendissime abbé Berardi, et de lui donner une vie nouvelle ; en même temps il conflait aux pères Tosti, Palmieri, Anselme Caplet, et aux bénédictins de Saint-Callixte, le soin de fonder une école de paléographie attachée aux archives du Vatican, qui venaient d'être ouvertes au public.

Mais en France les bénédictins ne pouvaient guère songer à concourir à ces grands desseins. La guerre leur était déclarée par le gouvernement et la tranquille possession de leur domicile ne leur était même pas assurée. Au mois de novembre 1880, ils étaient expulsés de leurs abbayes par la force publique, au milieu de scènes qui rappelaient les époques de barbarie. Les premiers sentiments du cardinal Pitra se traduisirent par un cri de douleur et d^indignation dans cette lettre au père abbé de Solesmes :

« Cher révérendissime, je n'ai pas le courage de vous écrire longuement, mais après avoir lu dans les journaux la scène de dévastation de notre cher Solesmes, je ne puis que m'associer à vos angoisses, vous plaindre et vous féliciter avec tous les amis des moines. Entre tous ces récits navrants qui nous accablent, vous avez su prendre votre place en fils des vieux moines, en hommes de prière et d'indomptable courage. Loin d'être découragé, j'en tressaille d'espérance et je répète avec vous non moriar sed vivant et narrabo opéra Domini » (1).

Deux ans plus tard, en mars 1882, les mêmes scènes se renouvelaient à Solesmes et l'abbaye occupée par une brigade de gendarmerie, était mise sous un séquestre qui, à l'heure où nous écrivons, n'est pas encore levé (2).

Dans ces circonstances le cardinal Pitra montra à l'égard de ses anciens confrères le plus entier dévoûment. Il usa à

(1) Lettre à dora Couturier, novembre 1880.

(2) Sur ces événements, voir le livre de M. Cartier, Les moines de Solesmes, Expulsions du 6 novembre 1880 et du 22 mars 1882. Solesmes, 1882.

Rome et en France de son influence auprès de ses amis pour les faire intervenir en faveur des moines expulsés et si ses efforts ne furent pas couronnés de succès, il ne faut l'attribuer qu'aux mauvaises dispositions d'un gouvernement qui a perdu les plus élémentaires notions de justice.

Il serait difficile de raconter en détail tous les services que le cardinal Pitra rendit à la congrégation bénédictine de France. Nous ne pouvons néanmoins passer sous silence le zèle qu'il mit à appuyer les démarches faites au nom de cette congrégation en 1876 pour obtenir que les abbés élus par les communautés françaises fussent directement confirmés par le Souverain Pontife. Deux ans plus tard, après le chapitre général de 1878, un moine de Solesmes, dom Guépin, lut envoyé à Rome pour obtenir du Saint-Siège la confirmation de ces décrets qui remettaient en vigueur les anciennes traditions bénédictines sur la perpétuité des abbés, la composition des chapitres généraux, et l'érection des noviciats dans les monastères. Grâce à l'appui du cardinal Pitra et à sa propre habileté, dom Guépin obtint un plein succès dans toutes ces négociations.

Le cardinal témoigna le même intérêt aux familles bénédictines de Stanbrook, en Angleterre, et de Sainte-Cécile de Solesmes, dont il fut aussi le protecteur. Ces deux monastères eurent plusieurs fois à se louer de ses services et rendent le plus éclatant témoignage à sa bonté et à son dévoûment (1).

Dans la vie du père Libermann, à l'occasion du séjour de ce dernier à Rennes, au noviciat des Pères Eudistes, le cardinal avait exprimé sa bienveillance pour cette congrégation (2). Il devait quelques années plus tard en devenir le protecteur. Pour définir son rôle, nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'emprunter les paroles mêmes du

(1) L'ordre des Cisterciens eut encore le cardinal pour protecteur, mais les trappistes quoique appartenant à Tordre cistercien, avaient un protecteur spécial.

(2) Vie dupéi'e Libermann, l^e édition, 1855, liv. III, ch. m et surtout 3e édition, 1882, liv. III, ch. ii et m.

T. R. P. Ledoré, supérieur général des congrégations du Saint Cœur de Jésus et de Marie. « Sa mort, dit-il dans une circulaire envoyée à tous les membres de son institut, sa mort sera un deuil général... Mais pour nous le sacrifice sera plus sensible encore. La congrégation de Jésus et Marie perd en effet dans sa personne un protecteur et un père. Depuis de longues années le cardinal avait accepté d'être près de nous le repréi^entant autorisé du Souverain Pontife, et c'est lui qui dans toutes les circonstances se faisait à Rome notre guide, notre conseil^ et au besoin notre défenseur. A la sacrée congrégation des évêques et réguliers il appuyait nos demandes et son intervention n'a pas été étrangère à l'approbation définitive de nos constitutions. Dans les circonstances délicates il se Bit notre intermédiaire auprès du Souverain Pontife et c'est en grande partie à son action que nous devons l'estime et la bienveillance si paternelle que notre Saint Père le pape Léon XIII n'a cessé de nous.témoigner. Toujour il accueillait ses chers eudistes avec une bonté pleine d'affabilité; et ceux d'entre nous qui ont eu le bonheur de le voir à Rome, dans son palais de saint Calliste, peuvent dire Taffection et l'empressement avec lesquels ils étaient reçus et l'intérêt avec lequel il s'informait près d'eux de tout ce qui pouvait nous concerner » (1).

Le cardinal eut aussi le bonheur de travailler * comme ponent à la béatification du fondateur de cette congréga» tion, le vénérable P. Eudes. Il s'en occupa pendant près de vingt ans. C'est lui qui rendit compte à la Sacrée Congrégation des premières procédures faites à Bayeux, et qui en 1874 obtint le décret conférant à Jean Eudes le titre de vénérable; c'est encore le cardinal Pitra qui prépara le rapport d'après lequel la Congrégation rendit un jugement favorable sur Torthodoxie, assez discutée jusqu'alors, des ouvrages du vénérable. C'est à sa requête enfin que Rome

(l) Lettre aux Pérès de la congrégation des S. S. Cœurs et aux sœurs de l'ordre de N.-D. de charité, du Refuge et du Bon Pasteur, 12 février 1889. Paris, Impr. Mersch.

ordonna de poursuivre le' procès commencé à Bayeux sur la vie et les travaux du serviteur de Dieu (1).

Ce rôle de rapporteur il eut à le remplir encore dans les causes de plusieurs autres saints personnages dont le procès suit son cours à l'heure actuelle, comme le P. Muard, Charles de Setia, Louis-Marie Baudoin, Beatrix d'Ornacieux, Bénigne Joly, Reginald de Condé et de quelques autres (2).

Du reste, il ne suffisait pas qu'une cause lui fût confiée pour qu'il se crût obligé de la défendre ; il mettait au-dessus de toute considération les droits de la vérité et plus d'un procès de béatification a dû aux difficultés qu'il a soulevées, d'être remis à l'examen ou même d'être arrêté.

Lorsque la cause du vénérable Cotolengo fut introduite, le défenseur, ému de la réputation de sévérité du cardinal Pitra, vint le trouver dans le dessein de le prévenir favorablement, et, s'il y avait lieu, de répondre à ses objections.

Or, le vénérable serviteur de Dieu avait fondé autour de lui des œuvres de tout genre, pour les pauvres, les ma-

(1) Cf. La lettre circulaire citée dans la note précédente et le R. P. Ledoré, Les Sacrés Cœurs et le vénérable Jean Eudes, 1891, 2 vol. in-8o, Paris, p..xx et xxxi.

(2) Pour chacune de ces causes, il est d'usage de faire imprimer à Rome les dossiers qui sont ensuite distribués aux cardinaux membres de la S. G. des rites. La bibliothè'que de Solesmes possède une précieuse collection de ces positions envoyées par le cardinal Pitra et dont quelques-unes sont enrichies de notes de sa main. C'est le lieu de rappeler Tintervention du cardinal Pitra pour l'obtention de l'office du B. Urbain V, de celui de S. Marie-Françoise des plaies de N. S., de Toffice deN. D. de Lourdes, etc. Au sujet des canonisations qui eurent lieu sous Pie IX de S. Josaphat, Pierre d'Arbues, les martyrs de Gorcum, Paul de La Croix, Léonard de Port-Maurice, Marie-Françoise des plaies de N. S., Germaine Cousin, on peut voir Topinion favorable du cardinal Pitra rapportée dans l'ouvrage du cardinal Bartolini, Commentaria aclorum omnium canonizationis Sanctorum Josaphat, Pétri de Arbues, xix martyrum Gorcomiensium, Pauli a cruce^ Leonardi a Portu Mauritio, Mariœ Francisco a vulneribus D. 2V. /. C, Germanœ Cousin, 1868, in-folio, Romœ, 1. 1, à la p. 295, et t. II, p. 37.

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lades, les enraots. Il avait jeté l'argciu sans compter, laissant à la Providence le soio de payer ses dettes. Au momeot de sa mort, le passif s'élevaît à 500,000 francs. Cétait une grave objection que l'on no pouvait manquer de soulever dans lo procès. Le défenseur entame son plaidoyer; ses arguments sont écoutés par le cardinal Pitra dans un silence glacial. Puis il prend k parole, rétablit .l'objection dans toute sa force, presse l'avocat qui résiste faiblement, et enfin de son accent le plus sévère : « geignent avocat, ditea-moi devant Dieu si vous oseriez paraître à son tribunal avec 500,000 francs de dettes hypothéqués sur la Providence? » L'avocat se trouble, et, pendant qu'il cherche une réponse, le cardinal reprend devani son interlocuteur interdit : « Mais voua oubliez donc que le saint homme est mort dans la plus jojeuse sérénité. C'est qu'il voyait dans la lumière de Dieu toutes ses dettes payées, comme elles le sont, comme elles le furent rapidement avec le plus splendide développement de son œuvre. » L'avocat remercia, et, au congrès des cardînaus, il ne manqua pas de se servir de l'argument. On voit que si, dans certains cas, le cardinal Pitra a rempli à la Congrégation des rites le rôle de celui qu'on appelle vulgairemtn! l'avocat du diable, dans d'autres il s'est fait l'avocat des saints (1).

II nous reste maintenant à parler plus en détail des travaux accomplis par le cardinal Pitra dans les autres coagrégations romaines. C'est, nous l'avons dit, pour les cardinaux de curie une des fonctions les plus graves et les plus absorbantes de leur vie. Le cardinal Pitra, pour sa part, avec le soin scrupuleux qu'il apportait dans l'étude des affaires, voulait se rendre compte des moindres détails et passait souvent de longues heures à étudier un dossier ou à élucider une affaire. « Je suis accablé d'affaires »rgentes, écrit-il un jour ; une seule de la Propagande a pris et prendra au moins dix séances de quatre ou cinq heures

(1) Lettre à madame l'Âbbesse de Sainte-Cécile, 11 juillet 1877.

chacune, où je dois prendre une part considérable. Voilà ce que j'appelle, s'il plaît à Dieu, mon premier purgatoire » (1).

Avant le seizième siècle, les affaires religieuses qui de tout temps ont afflué à Rome, se traitaient par le Pape avec le concours de tous les cardinaux de curie réunis en assemblée ou consistoire public.

Paul III établit contre le protestantisme qui menaçait de s'infiltrer dans les états de l'Eglise, une congrégation dite de l'Inquisition ou du Saint-Office, composée seulement de quelques cardinaux qui furent spécialement chargés d'examiner les erreurs et les personnes. Grégoire XIII marcha dans la même voie et chercha à réunir quelques cardinaux en assemblée spéciale. Mais ce fut Sixte-Quint, avec son génie pratique et organisateur, qui devina l'avantage des congrégations, en multiplia le nombre et leur donna un caractère permanent. C'est lui qui a doté le gouvernement de l'Eglise de ce puissant mécanisme administratif, que ses successeurs n'eurent plus qu'à perfectionner et qui régit aujourd'hui encore l'Eglise (2), A partir de cette époque, au lieu de traiter les affaires de l'Eglise en assemblée publique, les cardinaux se réunirent par groupes ou congrégations, et, assistés de leurs assesseurs, ils délibérèrent en secret. Un double avantage était atteint du même coup ; le secret du vote rendit aux cardinaux l'indépendance, dont ils ne jouissaient pas toujours en consistoire, surtout à cette époque où tant d'intérêts politiques étaient en jeu dans le Sacré- Collège et oii plusieurs cardinaux étaient membres des familles régnantes; de plus, la nouvelle organisation,, en divisant le travail, permettait de grouper les cardinaux d'après leurs aptitudes particulières.

(1) Lettre à dom Couturier, 9 mars 1877. Dans une autre lettre il écrit : « Ce matin revenait au Vatican une quatorzième et dernière consultation sur un concile, qui m*a obligé depuis deux ans de disserter chaque fois quatre ou cinq heures sur les points les plus épineux de la discipline ecclésiastique. » Au même, 30 juillet 1878.

(2) Cf. le baron de Hûbner, Sixte-Quint, t. II, 1. v.

La fameuse bulle de Sixte-Quint Immefisa œtemi fl«, du 22 janvier 1387, créait quinze congrégations de cardinaux chargés de l'expédition des affaires de l'Eglise, elle leur attribuait la juridiction compétente, fixait leur composition et la procédure qu'elles devaient suivre.

Sur les vingt congrégations actuellement en exercice à Rome, le cardinal Pitra faisait partie des six suivantes: l'Index, les Rites, l'Examen des Evêques, les Evéques et Réguliers, les Etudes et la Propagande (1).

Cette dernière, une des plus puissantes congrégations romaines, réclamait du cardinal Pitra une collaboration active. Instituée en 1622 par Grégoire XV, elle a pour objet de s'occuper des missions catholiques dans les pays de rite latin et dans ceux de rite oriental. De là deux sections, dont chacune en réalité forme une congrégation spéciale avec son préfet, son secrétaire, ses cardinaux et son personnel distinct. La section du rite oriental comprend les Grecs, les Arméniens, les Coptes, les Chaldéens^ les Syriens. A cette section est attachée une commission, dont le but est de veiller à la correction et à l'impression des livres liturgiques. C'est à ce travail, on se le rappelle, qu'avait été appliqué dom Pitra dès son arrivée à Rome, en 1858. Devenu cardinal, il fut nomm^ poneiit dans cette cause et s'y adonna avec le plus grand zèle. Ses voyages et ses relations avec le monde oriental lui avaient démontré la nécessité d'une révision sérieuse de ces livres liturgiques dans lesquels les hérétiques et les schismatiques s'efforcent do

(1) Avant l'invasion piémontaise, il y avait un bien plus grand nombre de Congrégations; plusieurs ont cessé d'exister ou n'existent plus que de nom, n'ayant plus d'attributions dans l'état actuel des choses, par exemple celle del buon Governo ou celle délia segnatura di Gracia. Nous avons parlé ci-dessus des travaux du cardinal dans la Congrégation des rites et dans celle des évoques et régulien. Quant à celle de l'examen des évêques, c'est une de ces Congrégations dont les attributions ont été dévolues à d'autres personnages et qui ne donnent plus guère à ceux qui en sont membres qu'un titre honorifique.

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glisser leurs erreurs. Le cardinal racontait qu'il avait souvent rencontré des exemplaires où Ton avait opéré certaines soustractions, d'autres où Ton avait fait des additions, entr'autres celle d'un office de Pliotius,le patriarche du schisme grec (1). Une révision, en même temps philologique et dogmatique, était donc nécessaire. En 1886, douze volumes des Menées avaient été corrigés et édités par ses soins, et, à la veille de sa mort, il revoyait les épreuves du vingt-deuxième et dernier livre liturgique des Grecs (2). Le cardinal Pitra espérait soumettre à la même révision les livres liturgiques de la Russie et des pays slaves, de la Syrie, de l'Arménie, et, en général, de toutes les chrétientés orientales; il avait amassé sur ce sujet, dans ses voyages, un grand nombre d'observations intéressantes, mais le temps ne lui en fut pas donné (3).

C'est peut-être à la congrégation de l'Index que le cardinal Pitra a exercé une plus grande influence, au moins pour les livres français dont il suivait la publication avec un vif intérêt. Mais par respect pour la loi du secret qui s'exerce sur tous les actes de cette congrégation, nous croyons de notre devoir de ne pas profiter des révélations que nous livre la correspondance du cardinal, si ce n'est pour des causes dont le détail a déjà été porté à la connaissance du public.

L'Eglise a, dès la plus haute antiquité, exercé sur les livres son droit de révision, d'approbation ou de condamnation ; ce droit d'interdire à ses fidèles la lecture de certains livres cqmme dangereux pour leur foi, n'a guère été

(1) Lettre à dom Couturier, 19 mars 1876.

(2) Il n*est que juste de nommer ici le collaborateur le plus actif du cardinal dans cette œuvre, M. Henri Stevenson senior. Dans cette réédition, les hymnes grecques ont été divisées et accentuées conformément aux règles découvertes par le cardinal Pitra.

(3) Lettre à Tabbé Davin, 9 octobre 1876. Sur ce point et sur tout ce qui concerne les congrégations romaines, nous devons un bon nombre de renseignements à un des secrétaires du cardinal Pitra, Mgr Félix Grimsddi.

contesté à l'Eglise que par ceux qui nient sa mission sur la terre. Ceux qui reconnaissent son institution divine, pourraient-ils lui contester le droit de veiller sur la foi de :ses enfants et d'écarter d'eux le danger des mauvaises lectures ? La congrégation de l'Index, dont la première ébauche remonte à S. Pie V, n'a été définitivement organisée et pourvue de tous ses organes que sous Sixte-Quint, comme les autres congrégations (1).

Au moment du conclave parut une brochure, la Crise de l' Eglise j sorte «de programme du catholicisme libéral», comme l'a appelée le cardinal Pie, dans laquelle l'auteur attaquait sans ménagements les actes de Pie IX et la direction qu'il avait imprimée à l'Eglise ; en même temps, préjugeant le vote des membres du conclave, il traçait à l'élu supposé une ligne politique et religieuse en contradiction avec celle de son prédécesseur. Le scandale fut grand parmi les cardinaux à qui la brochure avait*été secrètement distribuée. Après le conclave, elle fut déférée à Tlndex et condamnée sur le rapport du cardinal Pitra (2).

Parmi les autres condamnations qu'on a attribuées à son intervention, nous devons dire un mot aussi de celle de la Traduction des Evangiles^ par M. Henri Lasserre, à cause du bruit qui s'est fait sur cette question et parce que Tauteur a porté lui-même ou laissé porter sa cause devant le public. Il est exact que le livre a été condamné à la suite du rapport du cardinal Pitra, mais il est faux que l'ouvrage ait été dénoncé par lui à l'Index. Pour l'affirmer comme on l'a fait, il faut ignorer les règles de cette con-

(4) Bouix, de Curia romana; BBÀUès, V Index des livres prohibés^ Luçon 1852, in-S^.

(2) Cf. Tabbé U. Maynard, Mgr Bupanloup et M. Lagrange son Ms' torien, in-S», 1884, pp. 358-360. La brochure, la Crise de l'Eglise, publiée sans nom d'auteur ni d'imprimeur, a été, on le sait, attribuée à Tabbé Guthlin, sous l'inspiration de Mgr Dupanloup. L'assertion n'a pas été démentie. Tous ces faits sont confirmés par des lettres du cardinal Pitra à l'abbé J. Morel, 8 juillet 4878, et à dom Couturier, •30 juillet 4878.

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grégation, d'après lesquelles les dénonciations ne sont pasfaites par les cardinaux membres de Tlndex. Au lieu de chercher les motifs de l'opposition du cardinal à ce livre, dans les défauts mêmes ou les erreurs de la traduction, on a prétendu qu'en principe le cardinal était hostile à toute idée de traduction de la Bible, Pour le prouver, on a cité de prétendus articles contre la lecture de la Bible par les fidèles. Mais c€lte assertion est également erronée; les. articles auxquels on fait allusion sont ceux sur V Eglise romaine et la Sainte Bible, et sur la Lecture de la Sainte Bible en langue vulgaire. Or il y est question de tout autre chose que de cette thèse (i). Mais quand même le cardinal Pitra eût dénoncé le livre à Tlndex, on ne saurait condamner cet acte comme entaché de délation. Pour juger avec l'esprit de l'Eglise, il faudrait plutôt y voir un acte de religion et de sollicitude pour les intérêts de la foi, inspiré par Tamour de la vérité. Les conclusions du rapport de dom Pitra ont du reste été confirmées après l'examen sérieux auquel la traduction des Evangiles a été soumis une seconde fois.

Lorsqu'on 1881 parurent presque simultanément les Manuels d'instruction civique de MM. Compayré et Paul Bert, ils furent dénoncés au tribunal de l'Index et condamnés. Les auteurs, en effet, ont condensé dans ces livres avec des procédés différents, mais à dose à peu près égale, l'esprit el les maximes de la révolution, et, sous couleur de morale civique, ils arrivent à inspirer aux enfants une haine égale contre l'ancienne France, en essayant de dé-

(1) Voyez plus haut p. 115 ; la Lecture de la sainte Bible en langue vulgaire n'est que le compte rendu d'un ouvrage de Mgr Malou. M. Lasserre ajoute que ces articles ont paru dans VObservateur catholique; c'est V Auxiliaire catholique qu'il faut lire. Il est également inexact que la collection ait été mise à l'Index le 6 décembre 1855 et le 7 juillet 1859. Les mémoires d'où ces accusations sont tirées ont été imprimés en 1891 et communiqués à un assez grand nombre de personnes. Il faut du moins féliciter l'auteur de ne les avoir pas lancés dans le public.

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