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LA CHARGE DE CARDINAL PROTECTEUR ET LES CONGRÉGATIONS ROMAINES

Le cardinal Pitra protecteur des dames de rAdoration réparatrice, des sœurs de Saint-Charles de Nancy; des frères de la Doctrine chrétienne et des bénédictins. — Béatification da vénérable de La Salle. — Léon XIII et l'ordre bénédictin. — Les eudistes et lé Ténérable Eudes. — Le vénérable Gotolengo. — Travaux du cardinal à la Propagande. — Révision des livres liturgiques des Grecs. — La congrégation de l'Index. — La Crise de l^ Eglise; la traduction des évangiles, les manuels Bert et Compayré.

Dans les chapitres précédents, désireux de ne pas interrompre le récit de la vie du cardinal Pitra, nous ne nous sommes pas attaché à préciser la part d'influence qu'il eut dans les affaires de l'Église comme cardinal et membre de plusieurs congrégations romaines. Nous devons maintenant combler cette lacune et étudier d'abord les relations du cardinal Pitra avec les ordres religieux dont il fut le protecteur officiel et ce qu'il fit en leur faveur.

C'est la coutume dans l'église depuis des siècles que chaque congrégation religieuse se place sous le protectorat d'un cardinal.

L'ordre des mineurs franciscains fut le premier à jouir de cette faveur. Innocent III, sur les instances du fondateur saint François d'Assise, députa le cardinal Ugolin (Ugolino Conti) pour cette fonction. Peu à peu les autres ordres, jaloux de jouir des mêmes privilèges, imitèrent

cet exemple. Aujourd'hui presque toutes les congrégations ont à Rome leur cardinal protecteur, à moins que le souverain pontife lui-même ne se réserve ces fonctions, comme il est arrivé dans quelques cas (1). Le choix de ce cardinal est fait soit directement par le pape, ou le plus souvent sur la demande de la congrégation intéressée. Ce titre n'emporte pour le cardinal qui en est décoré, ni juridiction sur Tordre religieux, ni prélature; il est seulement l'avocat, le défenseur né de l'institut auprès du pape et des congrégations romaines, il lui sert d'intermédiaire dans les affaires de quelque importance. Charge délicate qui exige en celui qui veut s'en acquitter consciencieuscr ment autant de tact que de zèle. Il faut que le cardinal protecteur ait d'une part, assez de dévoûment.et d'activité, au milieu de toutes les occupations qui se disputent son temps, pour donner une attention sérieuse aux affaires de la congrégation, quand il en est saisi, et d'autre part, assez de discernement pour éviter de s'immiscer inopportunément dans ces affaires, et de troubler le fonctionnement régulier des pouvoirs établis. Les papes dans certains cas ont dû intervenir pour régler les pouvoirs du protecteur et les contenir dans de justes limites ; nous avons conservé plusieurs bulles qui n'ont pas d'autre objet (2).

Le cardinal Pitra sut toujours éviter ces excès, et les communautés dont il a été le protecteur lui ont unanimement rendu ce témoignage.

A la mort du cardinal Chigi, l'institut de l'Adoration réparatrice du Saint-Sacrement, fondé par M^'® Théodelinde Dubouché, en religion Mère Marie-Thérèse, le demanda comme protecteur, le 26 mars 1885 (3). A cette époque, la congrégation fondée en 1848 avait atteint l'âge

(1) Par exemple, après la mort du cardinal Pitra, pour les bénédictins de la congrégation de France.

(2) Cf. Luca, Cardinal pralico, cap. xv, Cardinali Protectori; Thomassin. De vet. et nova eccl. dise., t. I, 1. Il, c. 114, p. 11.

(3) Mgr d'Hulst, Vie de la Mère Marie-Thérèse, fondatrice de la con grégation de V Adoration réparatrice, 4e édition, 1887, Paris.

adulte ; elle s'était développée et possédait déjà en France cinq maisons florissantes. La Mère Marie-Thérèse était morte, laissant une œuvre solidement établie, animée d'un profond esprit de foi, des filles ferventes et dévouées. Néanmoins la congrégation n'avait pas encore passé par les trois degrés que doivent gravir les congrégations qui se fondent, avant d'être pleinement reconnues par l'Église. Après un premier bref laudatif obtenu en 1853, elle avait reçu une seconde approbation en 1866. Ce n'est que vingt ans plus tard, après avoir donné de nouvelles preuves de force et de vitalité, qu'elle obtint une troisième et définitive approbation, le 7 janvier 1887, sous le protectorat du cardinal Pitra, et grâce* en partie à son influence. La supérieure générale était alors la Mère Anne de Saint-François de Sales, digne héritière de l'esprit et des vertus de la fondatrice, et qui avait toute la confiance du cardinal Pitra. « J'ai toujours eu pour règle, lui écrivait-il, de passer par la voie hiérarchique et de ne toucher à aucune afi'aire gracieuse ou contentieuse sans être d'intelligence avec les supérieurs majeurs (1). » Parole sage et prudente qu'on ne saurait trop admirer et qui fut la règle de sa conduite. L'institut de la Réparation ne lui donna guère que des consolations ; pendant les quelques années qu'il en fut protecteur, peu d'aff*aires nécessitèrent son intervention. Il approuvait pleinement le but de cette congrégation qui est de réparer par la prière et l'immolation les outrages que Notre-Seigneur reçoit dans le sacrement de l'Eucharistie. Il fut le protecteur d'une autre congrégation française, celle des sœurs de Saint-Charles de Nancy. Fondées dans cette ville au dix-septième siècle par Joseph Chauvenel, avocat au parlement de Metz, les religieuses de Saint-Charles se livrent à toutes les œuvres de miséricorde, en particulier au soin des infirmes et des aliénés, et à l'éducation des enfants. Elles se sont reconstituées après la Révolution

(i) Lettre du 12 juin 1885. Ces lettres nous ont été communiquées avec le plus bleaveillant empressement par la T. R. M. supérieure générale, à la maison-mère de la rue d'Ulm.

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et répandues dans les diverses contréus de l'Eurupe, Le cardiaftl Pitra, qui les avait vîtes à l'œuvre au manicomit de Rome et avait admiré l(>ur dévoùment, voulut les avoir dans son diocèse de Frascali. Il ne recula devant aucun sacrifice pour les y attirer et leur confia un hospice d'aliénés et une maison de retraite (1). II porta toujours le plus vif int&M à cette communaulé et prit soin de ses progrès spirituels, plus encore que de son établissement initénel.

L'institut des Frères do la Doctrine chrétienne a une tout autre importance par le nombre de ses sujets et 1' semble des œuvres qu'il embrasse, que les congrégations dont nous venons de parler. C'est la plus nombreuse des congrégations religieuees ; elle compte aujourd'hui environ douze mille membres.

Cest en février 4870 que le cardinal Pitra fut nommé protecteur de ce florî&sant institut. Voici le témoignage précieux que rendait après sa mort le procureur généra! à Rome des Frères de la Doctrine chrétienne : a II portait beaucoup d'intérêt à notre institut et en suivait avec satisfaction le développement... II ne s'immisçait en aucune manière dans l'administration de l'ordre, mais nous pouvions compter sur son intervention toutes les fois qu'elle nous paraissait utile ; cette intervention dans les cas difïiciles a été couronnée d'un plein succès... Son Émincnce avait pour notre institut un cœur de père, il se réjouissait de nos succès, s'attristait de nos malheurs et nous témoignait en toute circonstance la plus vive affection n (2).

Quand le cardinal Pitra, en 1873, fit son voyage en France, il voulut visiter à Paris la maison-mère de la rue Oudinot. Le Très Honoré frère Iriide venait d'être nommé supérieur-général depuis quelques mois. C'était pour la première fois, après deux siècles d'existence, que l'institut recevait dans la maison chef-lieu de l'Ordre, son cardinal

(1) Lettre à M"»» l'abbesse de Sainte-Cécile, 10 février 1882. (âj Lettre du Frère procureur général de Rome.

protecteur. Aussi le supérieur général voulut-il donner à cette solennité le plus grand éclat et prouver au prince de l'Église la reconnaissance de l'institut pour les services rendus. Quand le cardinal Pitra arriva à la maison-mère, le 16 août à 10 heures du soir, plus de cinq cents frères étaient réunis pour l'accueillir dans la cour d'entrée brillamment illuminée. Pendant les huit jours qu'il y demeura, les fêtes se succédèrent sans interruption, et le cardinal put se rendre compte par ses propres yeux de la prospérité et de la discipline de l'Ordre (1).

Une grande joie était réservée à son protectorat, la béatification du fondateur de l'institut, le vénérable de La Salle. Avant même d'être le protecteur des Frères de la doctrine chrétienne, le cardinal Pitra avait été choisi comme ponent dans la cause du fondateur (2). On sait qu'on appelle ainsi dans les congrégations romaines celui qui est chargé par le cardinal-préfet d'étudier de plus près la question soumise à la congrégation, d'avoir en main les dossiers de la cause ou ponenzay d'oii le nom do ponent qui lui a été donné. On peut assimiler son rôle à celui du rapporteur dans nos parlements; il présente l'affaire, expose les arguments et dans la discussion, il répond aux objections. On comprend par là que le cardinal ponent a la principale part d'influence dans la cause qui lui est confiée ; son avis est le plus souvent prépondérant auprès des autres cardinaux qui s'en rapportent volontiers à son jugement. Cette observation est vraie surtout quand celui qui remplit ces fonctions est apprécié comme l'était le cardinal Pitra, pour sa vaste science, sa puissance de travail et le souci qu'il apportait à Tétude des moindres affaires.

C'est donc dans une certaine mesure à son influence

(1) Cf. Notice biographique sur le T, H. frère Irlide, Versailles, 1884, pp. 64-63.

(2) Cf. les positions de la cause, Rothomagen, Beatificationis et canonizationis ven, servi Dei J.-B. de La Salle. Positio super yirtutibus. Emo ac Rmo Dno J.-B. Pitra relatore. Romœ, 1869, et les autres positions.

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