LETTRE DE DOM GUÉRANGER A PIE IX, SUR LA PROMOTION
(A la page 247.)
Très Saint Père,
Il est plus facile de comprendre que de dire de quelle joie nous avons été transportés en apprenant le dessein de Votre Sainteté d'élever un des nôtres aux honneurs de la pourpre sacrée. Nous avons admiré cette sollicitude apostolique qui, tout en s'étend ant au loin, regarde aussi les choses les plus petites et a su découvrir un homme caché dans le cloître et voué à la profession monastique pour l'élever et le faire asseoir au milieu des princes de l'Eglise .
Nous nous sommes réjouis surtout à cause de rafîection que nous portons à ce frère qui, en même temps qu'il s'adonnait a la science sacrée, savait dans la famille se faire aimer de tous et acquérait chaque jour au dehors un plus grand éclat. Oserai-je le dire? Ne nous était-il pas permis dans une promotion si inattendue de voir un gage de votre particulière bienveillemce envers notre famille monastique et une preuve de l'estime que Ton faisait des services, si modestes soient-ils, que la congrégation s'est efforcé de rendre au Siège apostolique en France. En fait, à la nouvelle de cette promotion, les adversaires se sont tu et les défenseurs de la doctrine romaine se sont réjouis.
Nous ne pourrons donc jamais assez. Très Saint Père, multiplier assez les témoignages de notre reconnaissance envers Votre Sainteté. Toutefois daignez agréer l'hommage respectueux des sentiments de toute Notre Congrégation exprimé
dans celte lettre, en ce jour où votre main sacrée a imposé le chapeau cardinalice à ce frère, que nous gémirions de voir s'éloigner de nous, s'il n'avait été appelé à seconder votre ministère apostolique. Que Votre Sainteté emploie ses services, elle le trouvera toujours prêt à tout, et digne de lui être une consolation.
Pour nous, etc.
D. Prosper Guéranger, ahhé de Solesmes,
Solesmes^ 19 mars I8ô3.
RÉPONSE DE PIE IX A LA LETTRE DE DOM GUERANGER Plus PP. IX.
Dilecte Fili Religiose Vir, Salutem et Apostolicam Benedictionem.
Libenlissime accepimus lilteras IV kalendas huius mensis datas, quibus, Dilecte Fili, tuœ Religiosœ etiam familioe nomine maximas nobis agis gratias, quod in amplissimum S. R. E. Cardinalium Gollegium cooptandum censuimus Dilectum Filium Nostrum Joannem Baptistam Pitra eiusdem religiosae familiae alumnum, ac simul significas, summam a Te, et ab eadem Religiosa Familia ex hac re perceptam fuisse laetitiam. Nos quidem non levi animi Nostri iucundidate id egimus permoti tum intuitu virtutum, quibus idem Dilectus Filius Noster fulget, tum singulari sane benevolentia, qua inclytum Sancti Benedicti Ordinem tôt sane nominibus de Catholica Ecclesia, de civili societate et litteraria republica optime meritum prosequimur. Dum vero nihil dubitamus, qiiin idem Dilectus Filius Noster Joannes Baptista Pitra ad amplissimum honoris gradum a Nobis evectus, novis excitetur stimulis ad christianas virtutes latius ac splendidius exercendas, atque ad catholicae Ecclesiœ et huius Apostolicae Sedis causam animosius propugnandam, ea profecto spe nitimur fore, ut nihil Tibi, Tuoeque Religiosae
Pamiliae potius esse possit, quam hisce prœsertim asperrimis temporibus omnes curas, cogitationes et labores indesinenter impendere in majori Dei , eiusque sanctae Ecclesiœ gloria procuranda. Hac autem occasione perlibenter utimur, ut iterum testemur et confirmemus praecipuam Nostram in Te benevolentiam. Guius quoque pignus esse volumus Apostolicam Benedictionem, quam intimo cordis affectu Tibi ipsi, Dilecte Fili, cunctisque Religiosîi3 Tuaî Familiae Monachis peramanter impertimur.
Datum Romae apud Sanctum Petrum die 13 Aprilis anno 1863. Pontifîcatus Nostri anno decimo septimo.
Plus PP. IX.
Dilecto Filio Religioso Viro Prospero Guéranger Âbbati Solesmensi Monachorum Ordinis Sancti Benedicti.